© Agnès Iatzoura MNHN © DR
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Les parasites, moteur de l’évolution : entretien avec Jean-Lou Justine, parasitologue

Quand Jean-Lou Justine, professeur au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, expose sa spécialité, la parasitologie, ses propos prennent des allures de fable. S’il faut associer les parasites à l’art de bâtir, le scientifique n’hésite pas à développer un vocabulaire savant. Pourquoi, en effet, ne pas parler d’architecture « phorétique » ou d’« extension ectoparasitaire » ? Quoi qu’il en soit, les parasites sont l’un des moteurs de l’évolution. Y compris pour une construction ?

Cet entretien est extrait du n°438 de L'Architecture d'Aujourd'hui – Parasites (Tadashi Kawamata, rédacteur en chef invité) – disponible sur notre boutique en ligne.

L’Architecture d’Aujourd’hui : Qu’est-ce qu’un parasite ?
Jean-Lou Justine : La définition tient en quelques mots : c’est un organisme qui dépend d’un autre organisme. Cette appréciation pourrait aussi correspondre à un prédateur. Il faut donc y ajouter une précision : un parasite est forcément plus petit que son hôte.

AA : Pourquoi devenir parasitologue ?
JLJ : Mon intérêt premier était la zoologie. Je suis cependant devenu spécialiste des parasites de poissons dits « sauvages ». Mes recherches n’ont donc pas de lien avec le commerce du poisson, elles n’ont pas de rôle économique non plus. Il s’agit de recherche fondamentale, c’est-à-dire importante pour la compréhension de la vie. Les biologistes disent : « Rien en biologie n’a de sens, excepté à la lumière de l’ évolution. »

AA : Dans quelle mesure un parasite est-il utile à l’évolution ?
JLJ : Le mot « utile » ne s’applique pas en biologie. Les classifications du XIXe siècle sont oubliées depuis longtemps et le renard, par exemple, n’est plus considéré, en conséquence, comme un « nuisible ». Cela étant dit, il faut comprendre que toutes les espèces vivent entre elles une guerre perpétuelle qui les oblige à évoluer ; les parasites y participent amplement. En effet, un hôte, pour éviter d’être envahi, se doit d’évoluer. Face à cette réaction, les parasites changent, eux aussi, mais, cette fois-ci, pour mieux… parasiter. Ce contexte explique, à bien des égards, l’importance de la reproduction sexuée. À tout bien considérer, cette reproduction constitue un gaspillage d’énergie étonnant puisque les animaux mâles n’engendrent pas de progéniture ; ils ne font que donner quelques spermatozoïdes même s’ils mangent autant que les femelles. Nous pouvons donc dire que 50 % des ressources sont ainsi gaspillées par les mâles. Mais à chaque génération, cette reproduction permet le mélange des gènes. C’est bel et bien cette reproduction sexuée qui permet d’évoluer et de résister aux parasites.

[...] la suite à découvrir dans le n° 438 de L'Architecture d'Aujourd'hui.

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