Boréal, un bâtiment neuf situé dans le Jardin d’Acclimatation à Paris, livré en 2019. Photo © Baptiste Lobjoy
Boréal, un bâtiment neuf situé dans le Jardin d’Acclimatation à Paris, livré en 2019. Photo © Baptiste Lobjoy

Confiné.e.s

Confiné.e.s : Studios Architecture

Face au confinement imposé à tous pour contrer la propagation du virus Covid-19, nombre d’architectes ont dû adapter leur pratique et leur méthode de travail à ce nouveau rythme de vie. La série « Confiné.e.s » leur donne la parole, en interrogeant leur vision de la situation — mais aussi leurs recommandations culturelles. Aujourd’hui les réponses de l’agence internationale STUDIOS Architecture représentée par Anne Hierholtz, architecte associée à Paris et Sara Schuster, architecte associée à New-York.

[L’entretien suivant a été conduit en anglais avec Sara Schuster, voici ses réponses, en attente de leur traduction française.]

Anne Hieroltz et Sara Schuster
Anne Hieroltz et Sara Schuster

L’Achitecture d’Aujourd’hui : Où êtes-vous confinées et comment vous êtes-vous organisées pour poursuivre votre activité ?

Anne Hierholtz : Je suis confinée dans mon appartement, à Paris, en famille. Nous avons eu la chance d’avoir su anticiper les conséquences du confinement, aussi bien à l’agence qu’à la maison. L’organisation du télétravail a donc été facilitée.
À la maison, il a fallu que chacun s’adapte au confinement, dans l’espace et dans le temps. Les ordinateurs, tablettes et téléphones fonctionnent à plein régime, entre les cours dispensés par les professeurs et les nombreuses réunions en visio : rythme et organisation sont les maîtres mots !
Chez STUDIOS, la transformation des modes de travail, c’est un sujet qui nous passionne tous ! Nous sommes convaincus qu’ils seront demain plus agiles, plus connectés, plus collaboratifs, et c’est tout le sens des recommandations que nous faisons à nos clients. Si ce confinement apporte son lot de contraintes, nous avons choisi de le voir comme un défi, et de le relever ensemble.
STUDIOS étant une agence internationale, nous avons l’habitude des échanges à distance. Notre  plan de continuité d’activité, élaboré il y a plusieurs années, nous a permis une mobilisation à distance rapide et une communication simplifiée et agile entre l’ensemble des collaborateurs. Nous sommes équipés pour maintenir notre activité quel que soit le lieu, tous nos outils sont connectés au serveur de l’agence. D’autres, spécifiques pour la communication à distance ont été déployés, qui permettent de dessiner « en direct » et de projeter à l’écran, lors des visios, les évolutions des idées et des concepts. Cela permet des échanges très efficaces avec les intervenants des projets, comme par exemple pour le concours que nous menons actuellement pour la reconversion du Centre d’Échanges de Lyon Perrache que nous menons avec ICADE.

Sara Schuster : My husband and I are both working remotely and caring for our two small children within our apartment in Queens.  Their routine has been dramatically upended, and as they are used to our undivided attention for ‘family’ time, it is a challenge to watch the stress they endure when both parents are on simultaneous video conferences.  There is no longer a dedicated work day, rather moments of concentration that occur in between preparing meals, naptime and late at night.   

Confinement et architecture sont-ils antinomiques ?

AH : Oui, fondamentalement. Le débat sur l’arrêt des chantiers montre bien une difficulté essentielle : pour faire avancer un projet, il faut souvent être sur place. De ce côté, le nécessaire renforcement des précautions sanitaires, et la gestion de ce type de crise, va être un défi pour tout le secteur et devra mobiliser tout le monde.
Par ailleurs, le métier d’architecte est un travail d’équipe. Notre agence est fondée sur une méthode de travail collaborative avec nos clients au service de projets innovants. Notre organisation actuelle, après 6 semaines de confinement prouve son efficacité mais nos réunions physiques nous manquent évidemment : elles ont cette fluidité, cette spontanéité et cette convivialité qui rendent les échanges encore plus stimulants et encore plus efficaces. A nous de trouver le moyen de recréer ces conditions à distance !
À l’agence, nous organisons de nombreux événements : des séances de rencontres et d’échanges entre collaborateurs, des conférences avec des invités choisis, où nous abordons un sujet d’ordre technique, architectural ou sociétal, où nous questionnons notre pratique et notre responsabilité. Ces rendez-vous font partie de la force de notre collectif.
Pendant le confinement, nous essayons de maintenir ces moments de partage. Par exemple, nous poursuivons nos ateliers de réflexions internes « Future Thinking » et nous nous retrouvons tous les vendredis soirs, pour une « Virtual happy hour » ! C’est l’occasion de prendre des nouvelles, d’échanger sur nos expérience de travail à domicile et sur les idées qu’elles nous inspirent. Chaque fois, nous nous fixons un défi créatif : dessiner notre espace de télétravail, réinterpréter une œuvre d’art… Des visions chaque fois très drôles, très personnelles qui sont une façon de nous retrouver et de nous stimuler les uns les autres!

SC : When your home becomes a place of business and a school overnight, you must consider how space can best support multiple functions. A conference room and art studio now co-exist within our dining space. On a practical level, technology allows us to remain connected to colleagues and design collaboration continues. As an international practice we are well-versed in projects progressing forward via video conference and shared documents. With the entire world forced to work differently, I believe the tools will evolve and improve at a faster pace.

Quelles leçons pensez-vous tirer de l’impact écologique de cette crise ?

AH : Cette crise est un moment de vérité essentiel : elle a mis en évidence l’ampleur de notre impact sur l’environnement… en montrant ce qui se passe quand on interrompt les activités de près de la moitié de l’humanité ! Dès le mois de janvier en Chine, les images satellites étaient stupéfiantes. Le nuage de pollution avait quasiment disparu. La crise sanitaire et le confinement ont générés en quelques semaines à peine le retour en force de la nature au plus près des habitants et parfois même en plein cœur des villes. Tout le monde s’en réjouit. À l’échelle de la capitale, pouvoir écouter le silence assourdissant des boulevards parisiens bercés par l’unique chant des oiseaux ! Un vrai plaisir !
Cette période inédite ne fait que renforcer nos convictions, notre responsabilité et notre engagement en tant qu’architecte, à contribuer à inventer un modèle de développement et d’aménagement plus durable, plus humain et plus respectueux de l’environnement. Nous allons poursuivre et renforcer les travaux de recherche que nous conduisons à travers nos comités de « Future Thinking » et de « Développement durable » où nous partageons nos témoignages de terrain, croisons nos points de vue, et réfléchissons ensemble à des solutions adaptées et innovantes pour nos clients sur ces questions.

SC : For the short-term, I look to our home and our footprint of personal waste; for my children, there is only a world with multiple bins – for trash, recyclables, compost. There is not enough distance to fully evaluate the greater ecological impact.  I am overwhelmed to think of the empty office buildings across the river in Manhattan, and the resources being drawn to accommodate the technology still alive within the buildings, whilst the offices sit idle. 

Un film à voir, un livre à lire pendant le confinement ?

AH : Je troque le film pour un album à écouter en boucle : Eddy Louiss,  Sentimental Feeling, un thème brut et d’une simplicité essentielle, idéal pour fêter en avance le dé-confinement. Un livre pour s’évader : Le spleen de Paris de Charles Baudelaire, poèmes à lire au gré du moment, pour s’évader, pour les amoureux de la langue française.

SC : There has been limited time to indulge in entertainment; although I have been reading a variety of cookbooks for both practical purposes and pleasure! Frequently opened this week : Ottolenghi, My Kitchen Year by Ruth Reichl and the Ovenly cookbook. In the evening, my husband will turn on a documentary and I promptly fall asleep, most recently to Manufacturer Landscapes.

Un compte à suivre sur les réseaux sociaux ?

AH : Le compte des fans de David Hockney (@david.hockney) : un artiste génial qui, depuis le confinement, nous fait redécouvrir la nature par le prisme d’un outil informatique, tout à fait d’actualité !

SC : On Instagram @christinatosi a NY-based pastry chef with a daily “bake club” show that coincides with my children’s naptime; @worldeconomicforum, who is producing short-cut videos highlighting how our lives are globally connected.

Qu’espérez-vous de cette expérience ?

AH : Il s’agit d’un évènement historique. Mes espoirs sont pluriels. Avant tout, il y a eu une réelle prise de conscience mondiale et durable de  l’impact de nos activités sur l’environnement : cela nous oblige à enfin réinventer notre modèle de développement, de manière lucide et ambitieuse. Ensuite, je retiens la générosité, l’entraide et la solidarité dont ont largement fait preuve les Français, comme d’autres de leurs voisins. C’est essentiel car cela signifie que, face aux nuages qui se dessinent à l’horizon, nous avons l’envie d’avancer ensemble et les ressources pour le faire. Ces ressources, chérissons les, renforçons les, protégeons les : il ne tient qu’à nous de construire ce monde plus humain dont nous rêvons.

SC : To continue to pause amongst chaos and be thankful for small moments that bring joy.  This experience has highlighted that our personal and professional lives are entwined in ways that we don’t often acknowledge. Colleagues and clients know the names and behaivours of family and pets, beyond what we would typically share anecdotally.

Quel impact a ce confinement sur la perception de votre espace de travail et, inversement, de votre espace domestique ?

SC : Having spent several years overseas, removing the personal connections within the workplace – that allow you to see the breadth of the community outside of your day-to-day pursuits – is a challenge to replicate in the digital environment. Communication, that would normally occur organically, is scheduled and can feel very sterile. Collaboration thrives with the casual conversations.
We have stayed in the city for access to public green spaces and cultural institutions – it feels superfluous but I have mourned the lack of private outdoor space at our home. 

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Le site de STUDIOS.
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