Galaxia, 2018 © Jamen Percy
Galaxia, 2018 © Jamen Percy

Actualités

Burning Man 1/2 : une rétrospective

La nouvelle est tombée, Burning Man 2020 n’aura pas lieu. Le festival, qui rassemblait chaque année des milliers de spectateurs dans le désert du Nevada pour brûler un homme de bois géant et un temple, a été annulé pour raisons sanitaires. Pour la première fois, c’est en ligne, sur le site Virtual Black Rock City 2020 qu’on verra s’ériger les temples. Outre sa version virtuelle, le temple 2020 a été conçu comme un puzzle dont les différentes pièces seront construites à travers les États-Unis. Pour le 20e anniversaire du premier temple, le journaliste Pierre-Olivier Chanez revient pour AA sur cette installation éphémère qui, d’abord artisanale, a pris un tournant architectural ces dernières années.

Pierre-Olivier Chanez

Tout commence le 22 juin 1986, quand deux Californiens, Larry Harvey et son ami Jerry James montent une figurine en bois et la traînent jusqu’à la Baker Beach à San Francisco pour le solstice d’été, jour de la Saint-Jean. Ils l’allument et une foule curieuse se rassemble pour la regarder brûler. En 1990, à l’occasion d’une fête dans le Nevada, le phénomène s’exporte pour finalement s’y établir. Dès lors, fait insolite,  le festival ne se déroule plus le jour du solstice d’été mais fin août. Et on est passé d’une petite fête pagano-chrétienne à un festival écolo-techno-chic critiqué car ses dizaines de milliers de participants polluent en s’y rendant en voiture voire même en avion privé pour les plus fortunés…

2020, celui qui ne brûlera pas

Annulé ! Reporté ! Le festival Burning Man a lieu chaque année dans le désert de Black Rock au Nevada (États-Unis), au lieu-dit la Playa. L’événement 2020 devait avoir lieu du 30 août au 7 septembre 2020 et réunir 70 000 spectateurs un peu illuminés. Cette année, le festival est annulé pour causes sanitaires mais sera quand même présent virtuellement sur le site Virtual Black Rock City 2020 en attendant l’édition 2021…

Le gagnant du concours 2020 est nommé Empyrean. La construction du projet de Laurence « Renzo » Verbeck et Sylvia Lisse a été financée par des dons et grâce à une campagne de financement participatif Kickstarter et devait être menée par des bénévoles sur place.

2020, Multiverse (Univers multiple), Temple Empyrean © Laurence Verbeck et Sylvia Lisse
2020, Multiverse (Univers multiple), Temple Empyrean © Laurence Verbeck et Sylvia Lisse

Empyrean représente la région juste au-delà de notre domaine physique qui est le plus haut centre de sagesse et la source de la conscience énergétique, selon l’équipe de conception : « Dans les cosmologies anciennes, Empyrean est le royaume de la lumière pure qui serait le berceau du feu ».

Sylvia Lisse : « Empyrean est composé de huit auvents triangulaires disposés en forme d’étoile à 8 pointes ; quatre auvents courts de 20,5 m de longueur et quatre longs auvents de 28 m de longueur, des panneaux de verrière longs de 1,2m x 2,4m, construits grâce à un cadre rempli de treillis en bois (non solide) créant un motif en étoile à 8 pointes en mosaïque. Chaque panneau est de conception unique et, ensemble, ils créent un grand motif de mosaïque géométrique sur chaque côté de la verrière. Il existe quatre grands motifs géométriques différents, que nous avons nommés pour rester organisés – Atum, Bennu, Ishtar et Ra.  ».

Des mâts de drapeau devaient être installés en plusieurs points d’accès et comprendre un tissu de couleur safran enroulé sur des structures en bois fonctionnant comme un système de poulies à disposition des festivaliers pour écrire des messages et des prières qui seront animés par le vent.

Le temple sera construit physiquement façon puzzle dans tous les États-Unis, et disponible virtuellement à partir du 30 août 2020 sur le site de Burning Man.

2019, portail nippon

2019, Metamorphosis, Holon Temple ou Temple de la direction © Mark Fromson
2019, Metamorphosis, Holon Temple ou Temple de la direction © Mark Fromson

Le festival Burning Man avait choisi le projet de Geordie Van Der Bosch pour le Temple Central 2019. Présentant un design inspiré des portes Torii du sanctuaire Fushimi Inari au Japon, ce projet a été choisi pour sa simplicité et son élégance. Surnommé le Temple de la direction, il se composait d’arcades en bois formant un passage linéaire vers un grand hall central.

 

2018, brasier volcanique

Galaxia, 2018 © Jamen Percy
Galaxia, 2018 © Jamen Percy

Galaxia a été la version 2018, réalisée par Arthur Mamou-Mani, une structure en bois de 60 m de large et 20 m de haut composée de 20 formes symétriques s’élevant et tournant autour d’un oculus central, imitant l’attraction gravitationnelle du trou noir. Conçu à l’aide d’un logiciel paramétrique 3D, le pavillon est formé de 20 fermes en bois qui s’enroulent en spirale vers un point central et vers le ciel et a été construit par 140 volontaires venus des quatre coins du monde. Arthur Mamou-Mani est un architecte français basé à Londres et directeur de Mamou-Mani Architects, spécialisé dans un nouveau type d’architecture conçue et fabriquée numériquement. Son projet a été conçu comme un gigantesque origami avec 400 modules pliés et assemblés sur place. Il s’est inspiré de David Best dans sa conception : « David Best est “old school”, pas de réseaux sociaux tout ca, il est assez âgé, la première question qu’il m’a posée, c’était : “Pourquoi tu fais ce que tu fais ?” Il veut que les temples soient sincères, construits pour les gens qui ont une souffrance. Sa sincérité m’a beaucoup inspiré ».

2016, Da Vinci’s Workshop, « Le Temple », 67 290 spectateurs © Jacques de SELLIERS | 2017, Radical Ritual, Temple of Awareness (conscience) ,69 493 spectateurs © Rick Egan
2016, Da Vinci’s Workshop, « Le Temple », 67 290 spectateurs © Jacques de SELLIERS | 2017, Radical Ritual, Temple of Awareness (conscience) ,69 493 spectateurs © Rick Egan

2017, pagode écologique

Le temple de l’artiste Marisha Farnsworth a été construit à partir de 100 arbres morts pour souligner « les changements dramatiques qui se produisent dans nos forêts ». Dans toute la Sierra Nevada, des espèces de pins meurent à cause d’un coléoptère qui a proliféré en raison du changement climatique. Le bois du projet de Marish Farnsworth et Steven Brummond, est récolté et broyé puis devient la pierre angulaire du temple. Les morceaux de bois entrelacés en formation deviennent un temple, qui est à la fois nuage et flèche. Les colonnes pyramidales inversées suggèrent l’espace négatif d’un couvert forestier, supportant simultanément un vaste cadre de nuage semblable à une pagode qui à son tour supporte une flèche centrale.

2016, « le Temple »

En 2016, le temple, simplement nommé « Le Temple », a été construit par David Best et son équipe. Inspiré des temples du Népal, celui-ci comportait une cour carrée de 30 mètres de côté, contenant huit autels.

 

2014, Caravansary, Temple of Grace, 65 922 spectateurs © Rick Egan | 2015, Carnival of Mirrors, Temple of Promise, 67 524 spectateurs © Ron WOROBEC
2014, Caravansary, Temple of Grace, 65 922 spectateurs © Rick Egan | 2015, Carnival of Mirrors, Temple of Promise, 67 524 spectateurs © Ron WOROBEC

2015, corne d’abondance

Le Temple de la Promesse est un guide. C’est une main apaisante et une oreille attentive. Niché en son centre, on trouve un bosquet d’arbres. Ce n’est ni une tour, ni une pyramide, ni aucune autre forme de ce genre dictée par la seule logique. Dispersées au milieu de l’écoulement de la zone du Temple, des sculptures en bois en forme de pierres forment une frontière douce. La spirale effilée de la structure principale offre un abri et un silence. La flèche lobée à son ouverture s’élevait à 30 mètres de hauteur. La queue du bâtiment s’enroule en cercle autour du bosquet en plein air, bien adaptée aux rassemblements.

2014, le retour de David Best

David Best et son équipe ont créé en 2014 le « Temple de la Grâce », un temple de 21 mètres de hauteur avec une empreinte de 25 x 25 mètres dans un espace d’environ 45 x 45 mètres. La structure incorporait un dôme intérieur central dans un élégant corps incurvé en bois et en acier. Il présentait des panneaux de bois finement découpés pour les bardages extérieur et intérieur. Huit autels entouraient le temple à l’intérieur d’une cour à paroi basse, créant un grand terrain extérieur pour la communauté.


En mars, le concept s’est exporté. The Artichoke Project et David Best, avec une équipe internationale, ont construit un temple à LondonDerry en Irlande du Nord, une structure à ossature de bois mesurant 22 mètres de hauteur, revêtue de panneaux complexes. Invité par Yann Arthus Bertrand à créer en 2018 au sein de la Tour de Longchamp un temple empreint de spiritualité où chacun pouvait venir apporter ses peines, David Best a signé là sa première création en France.


 

2012, Fertility, Temple of Junon, 56 149 spectateurs © Rick Egan | 2013, Cargo Cult, Temple of Whollyness (Intégrité), 69 613 spectateurs © Jacques De SELLIERS
2012, Fertility, Temple of Junon, 56 149 spectateurs © Rick Egan | 2013, Cargo Cult, Temple of Whollyness (Intégrité), 69 613 spectateurs © Jacques De SELLIERS

2013, pyramide à facettes

Le Temple de la plénitude par Gregg Fleishman, Melissa Barron, Lightning Clearwater III de Synthesis LLC offrait un espace pour réfléchir sur la façon de devenir plus entier. Une pyramide centrale – une base de 27 x 27 m et une hauteur de 20 m -, a été conçue selon des proportions mathématiques sacrées et construite en utilisant des techniques de construction innovantes. Ce sanctuaire majestueux est entièrement fabriqué à partir de pièces de bois géométriques entrelacées  qui s’emboîtent sans utiliser de clous, de colle ou de fixations métalliques.

2012, oriental et ornemental

David Best est revenu une fois de plus pour construire le Temple de Junon, une structure de temple traditionnelle ornée et complexe, offrant un espace dans lequel les brûleurs pouvaient célébrer et pleurer ceux (ou ce) qu’ils avaient perdus – ou espéraient trouver. Les déchets de bois découpés au laser ont été fabriqués pour créer des éléments très détaillés. D’une clôture très ornée encerclant la structure, aux bancs entourant les sanctuaires extérieurs, en passant par le plafond grillagé, le Temple de Junon a créé un lieu d’intimité.

2010,Metropolis, Temple of Flux, 51 525 spectateurs © Wendell DeLano | 2011, Rites of Passage, Temple of Transition, 53 963 spectateurs © Rick Egan
2010,Metropolis, Temple of Flux, 51 525 spectateurs © Wendell DeLano | 2011, Rites of Passage, Temple of Transition, 53 963 spectateurs © Rick Egan

2011, l’occidental

Le Temple de la transition a été créé par un groupe d’artistes appelé International Arts Megacrew. Il a été le temple le plus massif construit à ce jour, composé de six tours, dont la plus haute culminait à 37 mètres.

2010, temple de bédouins

En 2010, les artistes de longue date de Burning Man, Jessica Hobbs et Rebecca Anders, ont travaillé avec Peter « PK » Kimelman pour construire le Temple du Flux. Plutôt qu’un temple conforme aux normes architecturales traditionnelles de l’espace sacré, cette équipe a développé une vision qui embrassait la nature. Le temple se composait de cinq structures massives ressemblant à des dunes.

2008, American dream, Temple Basura Sagrada ou Sacred Trash, 49 599 spectateurs © Gabe Kirchheimer/gabekphoto.com | 2009, Evolution, Temple Fire of Fires, 43 558 spectateurs © Rick Egan
2008, American dream, Temple Basura Sagrada ou Sacred Trash, 49 599 spectateurs © Gabe Kirchheimer/gabekphoto.com | 2009, Evolution, Temple Fire of Fires, 43 558 spectateurs © Rick Egan

2009, flammes de bois

Le temple de 2009, Fire of Fires, a été conçu par Dave Umlas, Marilee Ratcliffe et Community Art Makers.

2008, ériger les déchets

Basura Sagrada est un temple construit principalement à partir de déchets brûlables, de matériaux recyclés et des détritus jetés de la société américaine. Le temple est composé de cinq structures principales, avec un groupe de bâtiments périphériques se développant vers une nef centrale revêtue d’une série de flèches qui tendent à atteindre le ciel.

2006, Hope and fear, Temple of Hope, 38 989 spectateurs | 2007, The Green man, Temple of Forgiveness, 47 097 spectateurs |© Gabe Kirchheimer/gabekphoto.com
2006, Hope and fear, Temple of Hope, 38 989 spectateurs | 2007, The Green man, Temple of Forgiveness, 47 097 spectateurs © Gabe Kirchheimer/gabekphoto.com

2007, la tour

Le Temple du pardon de Tim Dawson, David Best et son équipe présentait quatre grands halls d’entrée qui convergeaient vers un autel central. Au-dessus de l’autel, la tour ouverte se projetait vers le ciel, laissant l’énergie circuler dynamiquement à travers la structure. Recouvert de bois finement taillé, le Temple était un véhicule pour les souvenirs et les bénédictions, les promesses et le pardon.

2006, fétus de paille

Le mausolée communautaire 2006, le Temple de l’espoir de Mark Grieve et de son équipe, était un bel arrangement de treillis en bois et de structures en papier, illuminées de l’intérieur. Les participants ont laissé des milliers d’hommages.

 2004, The Vault of heaven (La voûte céleste), Temple of Stars, 35 664 spectateurs | 2005, Psyche, Temple of Dreams, 35 567 spectateurs | © Gabe Kirchheimer/gabekphoto.com
2004, The Vault of heaven (La voûte céleste), Temple of Stars, 35 664 spectateurs | 2005, Psyche, Temple of Dreams, 35 567 spectateurs | © Gabe Kirchheimer/gabekphoto.com

2005, pagodes du Nevada

En 2005, le temple de la communauté est de nouveau apparu dans sa position habituelle derrière la statue de l’homme. David Best a transmis la tâche de créer le Temple des rêves à son collègue, Mark Grieve, qui a créé de belles pagodes rouges de style japonais.

2004, flèche tournée vers le ciel

Le Temple des étoiles de David Best était un édifice d’un 300 mètres de long, inspiré par l’architecture japonaise.

2002, The Floating world, Temple of Joy, 28 979 spectateurs © Gabe Kirchheimer/gabekphoto.com |2003, Beyond Belief (Au-delà de la croyance), The Temple of Honor, 30 586 spectateurs © Rick Egan
2002, The Floating world, Temple of Joy, 28 979 spectateurs © Gabe Kirchheimer/gabekphoto.com |2003, Beyond Belief (Au-delà de la croyance), The Temple of Honor, 30 586 spectateurs © Rick Egan

2003, pièce montée

Le quatrième temple de David Best sur la Playa, le Temple d’honneur, était l’évolution d’une idée qui avait commencé trois ans auparavant avec le Temple de l’esprit, suivi du Temple des larmes et du Temple de la joie de 2002. Un imposant temple à plusieurs étages était fait de papier noir et blanc à motifs denses sur un cadre en carton et en bois.

2002, renaissance

Le Temple des larmes de 2001 de David Best (sur la photo), renait sous le nom de Temple de la joie.

2000, The Body, Temple of the mind, 25 400 spectateurs © Jim Provenzano| 2001, Festival Seven ages, Temple of tears, 25 659 spectateurs © Linka Odom
2000, The Body, Temple of the mind, 25 400 spectateurs © Jim Provenzano| 2001, Festival Seven ages, Temple of tears, 25 659 spectateurs © Linka Odom

2001, délicat mausolée

David Best et le mausolée de Jack Haye (également connu sous le nom de Temple des larmes) ont combiné les objectifs de l’art et de la vie. Au cours de l’événement, ses nombreux autels ont été remplis de contributions, de souvenirs et d’hommages aux personnes disparues et les participants ont couvert ses murs d’inscriptions.

2000, le point de départ

David Best et Jack Haye ont construit leur Temple de l’esprit à la Playa en 2000. Une structure qui allait devenir la première d’une longue lignée de temples. Lorsque leur ami et collègue constructeur du Temple, Michael Hefflin, est décédé tragiquement dans un accident de moto, l’installation artistique est devenue une installation à sa mémoire. David et Jack se remémorent tous deux de la façon dont les citoyens de Black Rock City ont réagi et ont commencé à y déposer des souvenirs en mémoire des proches qu’ils avaient perdus.

En 2021, on peut s’attendre à voir un temple gigantesque pour accueillir le nom des personnes disparues à cause de la crise du Coronavirus.

© Eleanor Preger
David Best © Eleanor Preger

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Le créateur du Temple
Né en 1945, David Best est un sculpteur américain qui, lors de l’édition 2000 de Burning Man, a construit un temple rapidement devenu très populaire, point de départ d’une tradition désormais mythique. « À quoi devrais-je consacrer un temple ? N’ayant aucune religion – et n’aimant pas beaucoup la religion – j’ai pensé aux personnes qui, dans certaines confessions, n’ont pas le droit à une sépulture car elles se sont suicidées. Donc, puisque Burning Man accueille tant de choses, le lieu le plus sacré, au centre du temple, devrait être en l’honneur de ceux qui ont perdu quelqu’un qui s’est suicidé. En 2000, à la fin de la semaine, 500 personnes avaient mis des noms au centre et 10 000 avaient mis des noms ailleurs dans le temple, les noms des personnes qu’ils avaient perdues. »

 

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