Restaurant scolaire, Forges-les-Bains, Île-de-France, concours 2018 © Atelier Aconcept
Restaurant scolaire, Forges-les-Bains, Île-de-France © Atelier Aconcept

Confiné.e.s

Confiné.e.s : Atelier Aconcept

Face au confinement imposé à tous pour contrer la propagation du virus Covid-19, nombre d’architectes ont dû adapter leur pratique et leur méthode de travail à ce nouveau rythme de vie. La série « Confiné.e.s » leur donne la parole, en interrogeant leur vision de la situation — mais aussi leurs recommandations culturelles. Aujourd’hui, les réponses de Frédéric Quevillon, fondateur en 2001 de l’agence francilienne Atelier Aconcept.

Frédéric Quevillon (©Olivier Desaleux)
Frédéric Quevillon (©Olivier Desaleux)

L’Architecture d’Aujourd’hui : Où êtes-vous confiné et comment vous êtes-vous organisés pour poursuivre votre activité ?
Frédéric Quevillon : Chacun chez soi, nous avons décidé cela le lundi 16 mars. Nous sommes partis avec le matériel nécessaire pour organiser le télétravail. On découvre de superbes salles de réunions virtuelles, en plus de Skype et WhatsApp que nous utilisions déjà.
Nous sommes actuellement sur 2 concours et ce n’est pas évident du tout, dont un dont la réponse sera conçue de A à Z en confinement. La maîtrise d’ouvrage n’a pas toujours la possibilité de reporter les délais et a des impératifs, comme les JO, par exemple. Les modalités ont évolué, la visite de site est annulée, or pour un architecte c’est dommage de se limiter à un reportage photographique pour « découvrir » un site. C’est d’ailleurs impossible de bien le ressentir sans le visiter, et pourtant un projet démarre par la compréhension et la sensibilisation au site.
De plus, nous rencontrons une nouvelle difficulté pour ces concours : les imprimeurs sont fermés ! Comment fournir nos panneaux ? Un problème qui peut paraître complètement dérisoire finalement… Mais c’est là aussi qu’on voit le caractère ancestral du bâtiment et de l’acte de construire qui commence, finalement, par des panneaux A0.

Confinement et architecture sont-ils antinomiques ?
Oui complètement, car comme évoqué plus haut, nous avons besoin de sentir le site, d’échanger pour créer le ping-pong d’idées utile au démarrage d’un projet, ou pour réaliser une bonne synthèse. Un détail, mais par exemple, le format A0 est un format d’architecture alors que sur un écran ça devient compliqué de « déplier tous les plans ».
Enfin comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire : « Le jour où nous ferons des parpaings en télétravail… ». L’architecture c’est l’acte de construire, donc suivre un chantier en confinement n’est pas compatible à ce jour, même si des moyens technologiques existent déjà pour le contrôle d’un chantier, mais plutôt réservés à des chantiers « pharaoniques ». Et si ces moyens sont déployés à tous les chantiers, au fond, serait-ce toujours le métier d’architecte que de ne pas mettre ses bottes et son casque ?

Quelles leçons pensez-vous tirer de l’impact écologique de cette crise ?
J’espère que les gens vont se poser les bonnes questions et surtout ne pas repartir tête baissée dès que ce sera fini, et retomber dans nos travers. Quand on voit l’eau limpide de Venise, le ciel bleu à Paris ou en Chine, les animaux dans les rues… Ça fait réfléchir.
Pour reprendre Carl Gustav Jung : « Les crises, les bouleversements et la maladie ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent d’indicateurs pour rectifier une trajectoire, explorer de nouvelles orientations, expérimenter un autre chemin de vie ». Alors j’espère que nous rectifierons la trajectoire et que nos décideurs auront le courage d’explorer de nouvelles orientations et d’être « moteur », car c’est à eux surtout de donner l’impulsion.

Un film à voir / un livre à lire pendant le confinement ?
Plutôt une série : The Mandalorian, la nouvelle série Star Wars réalisée par Jon Favreau, superbe !
Et un livre : La Lenteur, de Milan Kundera.

Un compte à suivre sur les réseaux sociaux ?
Pas de réseaux sociaux, c’est justement le moment de se débrancher un peu, de lire ou de jardiner pour ceux qui le peuvent.

Qu’espérez-vous de cette expérience ?
J’espère que les gens vont se rendre compte des priorités de la vie et s’appliquer à être plus tolérants… La santé étant la priorité. Il faut reprendre le temps de la flânerie dans une vie qui allait beaucoup trop vite. Et si finalement la technologie permettait de ralentir ?

Quel impact ce confinement a sur la perception de votre espace de travail et, inversement, sur votre espace domestique ?
Je travaille parfois sur la table du salon, dans la chambre ou encore sur la terrasse… Je m’adapte en fonction des autres membres de la famille, où l’ambiance sera adaptée à ce que je dois faire (me concentrer ou pas, communiquer ou pas…). Mais j’étais déjà habitué à le faire, puisque je travaille parfois à la maison le weekend… Ce que je déteste par ailleurs ! J’aime me dire que chez moi ce n’est pas pour y ramener mon travail, j’aime cette distanciation entre lieu de travail et lieu de vie privée.

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Le site de l’Atelier Aconcept.
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