Vitraux du Centre Européen du Judaïsme, 2020 © Emmanuel Barrois
Vitraux du Centre Européen du Judaïsme, 2020 © Emmanuel Barrois

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« Une véritable hybridation d’époques. » Emmanuel Barrois, maître verrier

Cet entretien avec Emmanuel Barrois, maître verrier, est issu du hors-série AA consacré au Centre Européen du Judaïsme conçu par Stéphane Maupin et Bruno Fléchet.

Propos recueillis par Jean-Philippe Hugron

L’Architecture d’Aujourd’hui : Comment cette collaboration est-elle née ?
Emmanuel Barrois : Stéphane et moi nous connaissons depuis quelques années sans pour autant avoir travaillé ensemble. Il y a un an, il m’a proposé de réfléchir au Centre Européen du Judaïsme où il était question de créer une verrière ornementale… Mais quel type d’ornement faut-il à cet endroit ? Et à partir de quelle technique devions-nous travailler ? Nous n’avions, à ce sujet, aucune indication. Nous avons donc imaginé ensemble, un graphisme composé de lignes horizontales, lesquelles s’inspirent du châle de prière, le talit. Les stries qui y figurent sont généralement noires ou bleues mais parfois dorées. Nous avons développé, à partir de cette dernière teinte, différentes solutions ; elles nous paraissaient toutes pouvoir contribuer à la création d’une ambiance chaleureuse en plus de briser l’austérité du bâtiment, ce monolithe de béton et de métal.

Quelles techniques avez-vous finalement utilisées ?
Il y a en tout près de cent panneaux, tous différents, alternant des lignes jaunes, à la fois dorées et transparentes, et des lignes réalisées à la feuille d’or. Pour ces dernières, nous avons gravé le verre sur près d’un millimètre de profondeur afin d’appliquer la feuille sur un sablage. Pour les lignes jaunes transparentes, nous avons utilisé une technique traditionnelle qui est celle des vitraux médiévaux. Il s’agit d’appliquer des sels d’argent, une solution qui mêle des composés d’argent à de la terre pour obtenir une poudre que nous pouvons ensuite pulvériser de manière irrégulière afin de teinter le verre en jaune. Une fois au four, il devient transparent. Ce « jaune d’argent » n’est jamais totalement uniforme.

Vitraux du Centre Européen du Judaïsme, Emmanuel Barrois, 2020, dessin © Stéphane Maupin, Photographies © Clément Guillaume © Boegli Grazia
Vitraux du Centre Européen du Judaïsme, Emmanuel Barrois, 2020, dessin © Stéphane Maupin, Photographies © Clément Guillaume © Boegli Grazia

Pourquoi cette variation ?
Il nous fallait trouver une forme de préciosité. Nous voulions aussi retrouver l’exigence de la tradition, celle qu’appellent les lieux de culte. Nous désirions à la fois que la synagogue soit imprégnée de lumière mais que celle-ci soit teintée en plus de bénéficier des reflets de la feuille d’or. C’est, in fine, un dispositif complexe qui permet des effets particulièrement variés.

Qu’en est-il des contraintes sécuritaires ?
Du point de vue de la sécurité, nous n’avions pas à subir les mêmes contraintes que pour le hall d’entrée où les verres mis en oeuvre pèsent environ 300 kg/m². Ce sont des dispositifs… de guerre. Pour notre part, nous avons imaginé un verre « technologique », qui sert d’isolant thermique et propose une qualité acoustique particulière. Nous devions également isoler la synagogue de la ville.

Que dit ce projet de votre travail ?
Ce projet est une véritable hybridation d’époques, de technologies et de savoir-faire. Nous voulons, sans cesse, amener une qualité à l’architecture par la réintroduction d’un travail manuel. Les savoir-faire artisanaux donnent une qualité particulière à l’art de bâtir. Pour autant, il faut aujourd’hui connaître les techniques de l’industrie, mais, plus avant, être en mesure de créer ce qu’elle ne peut pas réaliser seule. Le sens de notre démarche est donc d’associer ce qui ne l’est habituellement jamais.

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