La cabane de Renaud Person
La cabane de Renaud Person

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Architecture et jeux vidéos

Depuis plus de 20 ans, Renaud Person imagine et dessine des univers pour les jeux vidéos du Français Ubisoft. Aujourd’hui installé dans les studios d’Ubisoft Annecy, il poursuit le développement des paysage de STEEP – un jeu de sports extrêmes qui plonge le joueur dans un univers Alpin. À l’occasion de la publication du hors-série AA Projects consacré au Festival des cabanes, paru en avril 2020, une carte blanche lui a été confiée. L’occasion pour lui d’imaginer sa cabane idéale, et de la dessiner.

 

Ce concours de cabanes, d’apparence humble et convivial, sert en secret de prétexte à un art subtil : « designer l’espace ». Cette activité me ravit car je la pratique aussi, mais un peu différemment, en tant que designer de mondes virtuels. Fort de ces années passées à « donner formes aux sens », je ne résiste pas et m’interroge : à quoi ressemblerait ma cabane ? Et une carte blanche ! En design, c’est l’inverse d’une page blanche : c’est une aubaine ! La page blanche implique de partir de rien. Alors que c’est impossible dans le champ du design, où la réponse est presque déjà là, pour peu qu’on mette en présence un besoin et un designer. Tout exercice invite son cortège de contraintes, de contexte, d’histoire, d’éthique parfois. Ce sont les contraintes libératoires, autant d’indices guidant la conception.

J’observe ainsi que ce défi architectural est jeune, mais suscite un intérêt croissant et mérité. Il a cette vertu d’être un « sérieux amusement », gorgé d’une énergie juvénile. Il possède aussi ses contraintes, qui sont la marque de l’exigence attendue en retour. Il bénéficie en outre d’une mise en scène authentique liant la beauté brute des montagnes à l’élégance feutrée des clairières. J’ai déjà vu ces bijoux d’ingéniosité et de fantaisie au minimalisme paradoxalement puissant ; ils évoquent le dialogue (encore) possible entre l’Homme et la Nature. La subtilité de la démarche, éphémère et étrange, invite nécessairement à la réflexion. Mais ce qui domine, c’est cette performance de poésie géométrique qu’on offre à de grands enfants.

Depuis longtemps au service du design d’espaces, même si virtuels, j’ai pu observer qu’on conçoit avec ses croyances, sa culture, voire parfois ses passions. Et pour ceux qui, comme moi, travaillent en équipe, c’est encore plus intense. Notre métier consiste à façonner des univers de jeu vidéo. Et cet ouvrage partage de nombreuses valeurs avec celles de l’architecture. Nous bâtissons des maisons et des palais, des villes entières, et des mondes vastes et colorés. Pour les fabriquer, nous puisons sans cesse (vocabulaire, iconographie, histoire) dans de nombreux domaines (botanique, architecture, urbanisme et récemment géomorphologie). Certains jeux nous ont même fait voyager dans le temps. De cette expérience, je garde le goût du rêve presque crédible, de la réalité légèrement transformée.

Je propose de fusionner ces univers, le mien et celui du concours : ma cabane serait celle de l’enfance, la cachette pour les amis initiés du lieu. Malgré son aspect léger, elle aurait aussi un côté robuste et fiable. Elle serait même un peu primitive, voire archaïque, et se fondrait discrètement dans le cadre, sans blesser ce qui l’entoure. D’accès difficile, voire secret, elle protègerait ses habitants. Un refuge pour s’isoler, rêver et même regarder les étoiles.

Le hors-série AA PROJECTS « Le Festival des cabanes, pour une architecture située » est disponible sur notre boutique en ligne.

 

La cabane de Renaud Person
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