Pushed Slab, Paris, MVRDV architecture. Photo ©Philippe Ruault
Pushed Slab, Paris, MVRDV architecture © Philippe Ruault

Confiné.e.s

Confiné.e.s : MVRDV

Face au confinement imposé à tous pour contrer la propagation du virus Covid-19, nombre d’architectes ont dû adapter leur pratique et leur méthode de travail à ce nouveau rythme de vie. La série « Confiné.e.s » leur donne la parole, en interrogeant leur vision de la situation — mais aussi leurs recommandations culturelles. Aujourd’hui, les réponses de Bertrand Schippan, architecte français, associé de l’agence MVRDV à Rotterdam.

MVRDV, Bertrand Schippan
MVRDV, Bertrand Schippan

L’Architecture d’Aujourd’hui : Où êtes-vous confiné et comment vous êtes-vous organisé pour poursuivre votre activité ?
Bertrand Schippan : Ayant une part importante de notre activité en Chine, nous avons pris conscience du phénomène Covid-19 assez tôt et avons mis en place les mesures nécessaires pour anticiper les événements. En effet, nous nous doutions bien que cela n’allait pas être confiné (pour jouer sur les mots) au strict territoire de la Chine même si à ce moment là cela nous paraissait encore lointain.
Rapidement, nous avons évalué plusieurs scénarios allant de la mise en quarantaine des collaborateurs ayant voyagé en Chine, à une réduction du nombre d’employé.e.s dans les locaux jusqu’à la mise en place d’un système de « home working » pour l’ensemble de l’agence. En ce moment, je me trouve à Rotterdam. J’y suis confiné depuis environ 4 semaines sans aucun problème pour poursuivre mon activité.
Cependant, je regrette fortement la politique hollandaise qui me semble trop souple par rapport à l’urgence. Certes, les cafés et restaurants restent fermés mais pas trop peu de changement pour le reste. Par exemple, les magasins de vélo restent encore ouverts ! Bref, sûrement une première nécessité aux Pays-Bas… De plus, c’est probablement le seul pays en Europe avec la Suède à parier sur l’immunité collective. Cela me donne surtout l’impression que le gouvernement relativise beaucoup trop la situation en n’appliquant pas de règles strictes. Celui-ci fait plutôt appel au bon sens des habitants, pour qu’ils gardent certaines distances, mais je vois encore beaucoup trop de regroupements dans la rue, les parcs et le long des canaux. Il faudrait commencer à comprendre que cela n’est pas une période de vacances mais bien un « lockdown » !

Confinement et architecture sont-ils antinomiques ?
Oui et non…
D’une part, nous avons des projets dans une trentaine de pays, de fait nous sommes assez habitués à travailler à distance. De même au sein de l’agence entre la maison mère à Rotterdam et ses agences satellites à Shanghai et Paris. En effet, depuis plusieurs années, nous avons su privilégier les vidéoconférences et avons établi une méthodologie claire de communication pour partager les idées, limiter l’information et d’éviter le « email bombing » !
D’autre part, l’architecture est aussi une discipline où les rencontres sont importantes et nécessaires. En effet, le contact humain dans les relations professionnelles lui donne toute sa saveur. À travers un écran, ce n’est pas vraiment la même chose.
En complément, l’architecture privilégie grandement le travail d’équipe. Les meilleurs moments sont ceux où l’on se retrouve autour d’une table pour esquisser les concepts et maltraiter les maquettes des options. À quand le « white board » digital ou « sketch paper » virtuel ?

Quelles leçons pensez-vous tirer de l’impact écologique de cette crise ?
Nombreux sont ceux pour qui le point positif de ce confinement est la chute spectaculaire de la pollution, la réduction des émissions de CO2, le retour des animaux en ville (sympa les canards à Paris) ou encore la réapparition d’une biodiversité oubliée. Je suis le premier ravi mais je crains que le retour « à la normale » nous fasse reprendre nos mauvaises habitudes, sans se soucier de la crise climatique actuelle.
J’aimerais qu’il y ait une vraie prise de conscience sur la question environnementale suite à cet événement. Que chacun comprenne qu’il est urgent d’adapter nos modes de vies vers un modèle plus durable. Nous avons prouvé que nous pouvions nous adapter durant une courte période. Continuons ainsi ! Comme a pu le dire Bruno Latour récemment, « Ce serait terrifiant de ne pas profiter de cet arrêt général pour infléchir sur le système actuel » [vendredi 3 avril sur France Inter, ndlr] !

Un film à voir / un livre à lire pendant le confinement ?
Je n’ai pas forcément plus de recommandation que dans une période hors confinement. Je préconiserais surtout de ne pas rester affalé sur son fauteuil toute la journée. Entre télétravail et lecture, il est nécessaire de bouger, de faire un peu d’exercice chez soi, de profiter de faire ce que nous reportons constamment au lendemain et même de se mettre à certaines activités manuelles. D’ailleurs, j’ai repris goût à faire de simples choses comme le jardinage…

Un compte à suivre sur les réseaux sociaux ?
En tout objectivité, je dirais l’Instagram de MVRDV et MVRDV France. Nous continuons à publier des projets même si en ce moment, nous sommes plutôt dans les « flashback ».

Qu’espérez-vous de cette expérience ?
Comme je l’ai dit précédemment, j’espère fortement qu’il y aura une prise de conscience environnementale.
Nous avons prouvé que nous pouvons changer les choses rapidement lorsque nous y sommes contraints. Alors imaginez ce dont nous serions capables si nous nous en donnions véritablement les moyens !

Quel impact a ce confinement sur la perception de votre espace de travail et, inversement, de votre espace domestique ?
En ce qui me concerne, mon espace de travail ne se limite pas à une table et une chaise mais à tous types de lieux aussi variés les uns que les autres ! J’ai l’habitude de travailler à l’agence, dans le train, dans les aéroports, dans les cafés, restaurants, sur mon vélo, etc. Bref, avec les outils que nous possédons, il est facile et efficace de travailler où bon nous semble. Ce qui est le plus troublant est de rester confiné dans un espace où la vie personnelle et la vie professionnelle se superposent. Pas forcément très simple de faire une coupure…

Le site de MVRDV.

Réagissez à cet article