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Tribunes

Butte Rouge : une consultation, pourquoi faire ?

Trois ans après l'annonce de la démolition-reconstruction de la cité-jardin de la Butte rouge par la Ville de Châtenay-Malabry [dénoncée notamment par l'architecte Marc Sirvin dans une tribune publiée par AA], la préservation de ce modèle d'urbanisme du XXsiècle est toujours en suspens. En janvier dernier, une enquête publique avait pourtant recueilli 87 % d'avis défavorables à la modification du PLU – et donc à la destruction inévitable d'une partie de cet ensemble des années 1930.
Or, selon la mairie de Châtenay-Malabry, sur les 1606 avis déposés pendant l'enquête publique, près de 74 % émanaient d'associations et de personnes extérieures à la cité-jardin. En concluant, d'après ces chiffres, que « les habitants de la cité-jardin qui se sont exprimés dans leur très grande majorité sont favorables au projet », le commissaire enquêteur a rendu, le 22 février dernier, un avis favorable sans réserve à la modification du PLU – estimant également que celle-ci est un moyen de « protéger la cité-jardin davantage qu’elle ne l’a jamais été ».
« Le problème reste entier car un classement en site patrimonial remarquable (SPR), souhaité par Roselyne Bachelot, n'est pas suffisant. Il faudrait un plan de sauvegarde et de mise en valeur, élaboré par des professionnels compétents » précise l'architecte Barbara Gutglas-Ducourneau, de l'association Association Châtenay Patrimoine Environnement.

AA reproduit ici le communiqué de presse rédigé par Association Châtenay Patrimoine Environnement. 


Modification du PLU de Châtenay-Malabry
Une consultation publique pourquoi faire ?

Surprise. Avec plus de 85 % d’avis défavorable, le commissaire enquêteur vient de rendre son rapport de l’enquête publique en émettant un avis favorable, adhèrant sans réserves au projet de la Mairie pour la Butte-Rouge en dépit des 85 % d’avis défavorables, exprimés par 1367 personnes participant à l’enquête. À quoi sert cette enquête publique ?

Cet avis s’inscrit sans surprise dans la continuité de celui du préfet des Hauts de Seine, qui avait aussi émis un avis favorable, le 28 décembre, à condition que la mairie mette en place un processus pour créer un Site Patrimonial Remarquable. Pourtant, le 21 janvier à l’Assemblée Nationale, Roselyne Bachelot, notre Ministre de la Culture, a promis de garantir l’intégrité du site, déclarant: « Ce projet ne peut avoir pour conséquence de porter atteinte à cet ensemble architectural et urbanistique de tout premier plan

Le commissaire a balayé d’un revers de main les 1367 observations défavorables car provenant de la « France entière » selon ses termes, pour ne garder finalement que les avis recueillis sur les registres papiers (29 pour et 11 contre), tout cela dans un contexte de pandémie où la plupart des personnes ont largement privilégié la voie électronique. Et si les habitants, à 80% se disent être heureux de vivre à la Butte rouge, cela le commissaire enquêteur n’en dit rien.
Il convient aussi de rappeler, puisque le commissaire enquêteur a l’air de l’ignorer, que la procédure d’enquête publique vise à permettre à chaque personne qui se sent concernée, de s’exprimer. En l’occurrence, beaucoup de personnes se sont senties concernées par l’avenir de la cité-jardin. Le commissaire enquêteur relève lui-même une « participation exceptionnellement forte » avant de s’assoir dessus.
Un bel exemple de démocratie et de l’utilité des concertations publiques.

Pendant l’enquête, de nombreux experts de la protection du patrimoine et du paysage ont écrit dans leurs observations leur opposition argumentée à ce projet destructeur et dépassé, ce qui est confirmé par la lettre ouverte des architectes qui s’engagent pour la préservation de la Butte Rouge, tels que Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, ainsi que Paul Chemetov et Jean-Louis Cohen, professeur au collège de France et bien d’autres.

Les associations locales nationales et internationales se sont aussi exprimées comme étant en désaccord avec ce projet: Association Châtenay Patrimoine Environnement, Sauvons la Butte Rouge, France Nature Environnement, Sites et Monuments, DoCoMoMo, Patrimoine Environnement, ARBRES…

Par ailleurs, le commissaire enquêteur ne dit rien de la disparition nette, au terme de l’opération, de 3300 logements sociaux (PLAI) de Châtenay-Malabry, même après reconstitution de l’offre. Pourtant, le gouvernement annonce un objectif de doublement du nombre de logements PLAI à construire en 2021 dans le cadre du plan de lutte contre la
pauvreté.

En conclusion, d’un côté une enquête publique qui ne sert à rien, un commissaire enquêteur qui balaye les arguments des avis défavorables sans justification , une mairie qui veut écarter les bénéficiaires de logements PLAI alors que le tram arrive bientôt à proximité. De l’autre le gouvernement qui déclare sans ambiguïté vouloir protéger la Butte-Rouge, et vouloir doubler les logements sociaux PLAI mais dont l’intervention se fait attendre.

Un patrimoine national culturel, environnemental et social de grande qualité est en danger, l’État doit réagir au plus vite!

Association Châtenay Patrimoine Environnement
Association Sauvons la Butte Rouge
assocpe@wanadoo.fr

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Dans une lettre ouverte à Roselyne Bachelot, ministre de la culture, Louis Sirvin, architecte et descendant de Paul Sirvin, un des auteurs de la Butte rouge, avait déjà rappelé l’importance de conserver un tel patrimoine. Il a reçu le soutien de plusieurs lauréats du Pritzker Prize et du Grand Prix national de l’architecture. Extraits.


Sauvons la Butte Rouge de la démolition

La cité-jardin de la Butte Rouge est un ensemble d’habitat social parmi les plus exceptionnels de France, un modèle au niveau international. Il ne peut être imaginable de la voir disparaître sous les pelleteuses de la spéculation immobilière, ignorantes de sa valeur inestimable. La perte de son intégrité ou de sa cohérence architecturale par la démolition de tout ou partie de son bâti ou de ses paysages serait irréparable et une honte pour la France.

Depuis plus de trois ans, la ville de Chatenay-Malabry a annoncé l’intention de démolir des bâtiments de logements de la cité-jardin de la Butte Rouge prétextant leur inadéquation aux nouvelles normes constructives des logements. La modification du Plan Local d’Urbanisme (PLU) de la commune soumise à enquête publique actuellement fait état de la destruction de plus de 85 % du bâti impliquant la disparition de l’ensemble du site et l’abattage inévitable de ses arbres remarquables.

La Butte Rouge est un modèle du genre, la seule en France, voire en Europe qui allie avec autant d’intelligence urbanité, architecture, paysage, social et géographie, en révélant magnifiquement la topographie accidentée du sud du département de la Seine devenu département des Hauts-de-Seine, en résonance avec les grands domaines voisins qui forment son écrin proche ou lointain : le parc de Sceaux, la Vallée aux loups, la forêt de Verrières et l’ancienne avenue de Versailles devenue l’avenue de la division Leclerc.

La Butte Rouge de Châtenay-Malabry est un ensemble architectural, urbain et paysager unique au monde qui doit être classé comme tel, et considéré comme un bien commun de la nation, un héritage des générations futures. Une mobilisation importante contre ce projet a eu lieu (86% d’avis défavorables à l’enquête publique), les grands journaux nous défendent (Le Monde, Libération, La Croix, Le Parisien, Le Figaro, Tribune de l’Art etc…) il me semble important que les architectes réagissent aussi.

Louis Sirvin, architecte


SIGNATAIRES

Marc Barani Grand Prix national de l’architecture 2013 | Fréderic Borel Grand Prix national de l’architecture 2010 Paul Chemetov Grand Prix national de l’architecture 1980Pierre Louis Faloci Grand Prix national de l’architecture 2018Jean-Marc Ibos et Myrte Vitart Grand Prix national de l’architecture 2010 | Anne Lacaton et JP Vassal Grand Prix national de l’architecture 2008 Jean Nouvel Prix Pritzker 2002 Grand Prix national de l’architecture 1987 | Dominique Perrault Grand Prix national de l’architecture 1993 Christian de Portzamparc Prix Pritzker 1994 Grand Prix national de l’architecture 1992 | Francis Soler Grand Prix national de l’architecture 1990 | Bernard Tschumi Grand Prix national de l’architecture 1996


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