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AA Think Tank // La ville verticale : Pour Paul Jarquin , « il faut révolutionner le métier de promoteur ! »

Fondateur en 2009 de REI Habitat, Paul Jarquin a choisi de se consacrer à la construction en bois dans l’Hexagone après avoir fait ses armes dans la promotion immobilière aux Etats-Unis. Ce jeune entrepreneur jusqu’au-boutiste a créé, au fil des rencontres et des projets, un écosystème complet qui va jusqu’au réemploi des déchets issus de ses chantiers. Rencontre avec un promoteur durable, dans un entretien réalisé par Emmanuelle Borne.

©REI Habitat
Le Bourg, Montreuil. 32 logements en ossature bois livrés à l’été 2017 conçus par l’agence parisienne archi5.
© REI Habitat

L’Architecture d’Aujourd’hui : REI Habitat compte à son actif 250 logements en structure bois pour huit opérations livrées depuis 2013, sans compter 12 opérations en cours. Pourquoi avoir choisi de vous consacrer à la construction en bois ?

Paul Jarquin : À 22 ans, après une licence en sciences de gestion, je suis parti muni d’un visa d’investisseur rejoindre l’un de mes oncles promoteur aux États-Unis. Je menais à l’époque des opérations « classiques » de marchand de biens sur du logement et de l’immobilier commercial. Très vite, j’ai constaté les excès d’un système à bout de souffle. C’est là, en 2007, qu’a commencé l’aventure REI. Je faisais alors des aller-retour entre Miami et Montreuil, où je suis né (j’ai une belle dette carbone à rembourser !) avant de m’y réinstaller définitivement en 2013. À partir de là, j’ai voulu tout miser sur l’écologie. Ma famille avait tenté de me sensibiliser à la question, mais c’est surtout l’exposition Habiter écologique, à la Cité de l’architecture & du patrimoine à Paris, qui a provoqué le déclic. En particulier concernant les mérites de la construction en bois pour lutter activement contre le réchauffement climatique : -60 % d’émissions de gaz à effet de serre par rapport à une construction classique. Quand on sait que le cadre bâti, construction et vie des bâtiments incluses, compte pour plus du quart des émissions de GES… En 2012, REI livrait son premier bâtiment avec planchers et murs en bois, mais avec un noyau en béton. Aujourd’hui, nos opérations sont intégralement en ossature et murs bois, avec, pour certaines, des planchers à double solivage en bois.

 

Pourquoi ne pas envisager des structures mixtes ; n’êtes-vous pas dans un purisme excessif ?

Être radical est la seule manière d’être efficace pour structurer et renforcer la filière forêt-bois française. Chez REI, nous avons choisi de le faire « à l’américaine », en prouvant que le modèle économique fonctionne, que les savoir-faire existent, que la ressource abonde, et que la traçabilité est possible. Aujourd’hui, il n’y a plus de freins, mais plutôt des avantages comparatifs de taille : des chantiers secs et propres, sans nuisances acoustiques ou environnementales, et des délais de construction réduits. Pour l’une de nos opérations à Montreuil, 30 logements, nous avons mis à peine dix mois pour l’ensemble du chantier. Si le coût de construction en bois n’est pas encore le plus compétitif, nous sommes proches du point de bascule où il le deviendra. Pour une autre de nos opérations, toujours à Montreuil, nos coûts de construction se sont élevés en moyenne à 1 750 euros/m2 SHAB (surface habitable) et vous n’y trouverez pas de PVC !

 

Votre engagement ne se heurte-t-il pas aux ambitions du métier de promoteur ?

Au contraire : j’estime que le promoteur doit devenir le premier acteur de la transition écologique. Pour cela, nous devons révolutionner notre métier et catalyser autour de nous les acteurs pionniers en la matière. C’est une question de survie plutôt qu’un rapport moralisateur à l’écologie. Ainsi, dans le cadre de l’appel à projets Réinventer Paris, nous avions conçu avec AAA (Atelier d’Architecture Autogérée) le projet WikiVillage Factory : un cluster de la ville résiliente de 7 500 m2, en structure bois alliant co-working dédié à l’économie sociale et solidaire, agriculture urbaine, crèche solidaire, fab lab, cellules de recherche… Le projet avait été écarté en finale, mais a été désigné lauréat d’une consultation de la Semaest (Société d’économie mixte de la Ville de Paris), et sera finalement réalisé dans le XXe arrondissement. Parmi les acteurs impliqués, on trouve la foncière responsable ETIC, Crescendo, l’opérateur crèche du Groupe SOS, le 6B, un espace de création culturelle en Seine-Saint-Denis présidé par l’architecte Julien Beller, ou encore des membres du Massachusetts Institute of Technology (MIT).

©REI Habitat
REI transforme les chutes de ses chantiers en mobilier proposé
aux habitants de ses opérations immobilières.
©REI Habitat

Quels sont les prochains axes de développement de REI ?

REI Habitat compte aujourd’hui 25 collaborateurs pour différents métiers, dont une foncière, un bureau d’études de maîtrise d’œuvre d’exécution ainsi qu’une filiale de commercialisation qui accompagne les propriétaires et les locataires de nos opérations via des ateliers participatifs. Qu’ils soient commerciaux ou issus de bureaux d’études spécialisés dans l’environnement, nos collaborateurs sont tous engagés. Anciennement journaliste, Hugo Christy fait partie des derniers arrivés. Ensemble, nous avons monté, début  2017, ReMake, une cellule pour concrétiser des projets engagés autour de l’immobilier. Notamment, nous structurons toute une stratégie de réemploi des chutes de nos chantiers en circuit très court, grâce à un pôle de designers qui réalisent, en interne, une gamme de mobilier et des cuisines vendues aux acquéreurs de nos logements, ainsi que les finitions de nos parties communes. Nous testons également de nouveaux modèles économiques, dont le financement participatif, auprès de partenaires comme les plateformes de crowdfunding Wiseed et 1001Pact. Pour un promoteur, ce n’est pas la méthode la plus simple pour se financer – mais elle participe d’un modèle vertueux quand il ne verse pas dans les travers de l’uberisation.

 

Votre modèle économique est-il rentable ?

En  2017, notre chiffre d’affaires s’élèvera à environ 30 millions d’euros. Nous sommes clairement sur un modèle rentable et sur une stratégie de croissance… sans pour autant chercher des marges excessives. Nous rentrons dans notre phase de capital-développement avec 150 millions d’euros d’opérations en cours. Nous ne sommes plus une petite start-up, mais nous n’avons pas non plus vocation à multiplier les opérations à l’infini. La taille humaine est essentielle pour conserver de l’agilité.

Pour en savoir plus, le site Internet de REI Habitat.
Pour lire la totalité du numéro 420 d’AA dédié à l’enseignement de l’architecture, rendez-vous sur la boutique en ligne.

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