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Paris et l’architecture contemporaine, amours impossibles ? Le cas de la Samaritaine.

L’annulation du permis de construire du chantier de la Samaritaine a été confirmée en deuxième instance lundi 5 janvier 2014 par la Cour administrative d’appel de Paris. Pour autant, cette décision ne sonne pas le glas définitif du projet de rénovation du grand magasin parisien, situé rue de Rivoli et fermé depuis 2005.

La Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France (SPPEF) et SOS Paris ont pour l’instant remporté les deux premières manches de l’affaire, la Cour administrative d’appel de Paris ayant confirmé l’annulation des travaux actée une première fois en mai 2014. Mais la Samaritaine a fait savoir sans attendre son intention de saisir le Conseil d’État. La Ville de Paris a également annoncé déposer un pourvoi en cassation. Entre temps, les travaux sont donc à l’arrêt, pour la seconde fois puisque le groupe LVMH avait fait appel et bénéficié, le 16 octobre 2014, d’un sursis à exécution autorisant la reprise des travaux.

« Le chantier n’avait jamais redémarré », affirme Alexandre Gady, président de la SPPEF. « Il y a bien eu des travaux de mise en sécurité depuis le 16 octobre dernier mais pas de construction », nuance Marie-Line Antonios, directrice générale de la Samaritaine. Si cette dernière déplore une décision qu’elle attribue aux détracteurs de l’architecture contemporaine, l’historien de l’architecture se félicite, lui, de ce dernier rebondissement tout en précisant mener un « combat modéré qui n’est pas dirigé contre l’architecture contemporaine ».

Toujours selon Alexandre Gady, l’action de la SPPEF est avant tout motivée par la volonté de faire respecter le droit, c’est-à-dire le PLU (Plan Local d’Urbanisme) de Paris qui stipule notamment, en son article UG.11.1.3, que les constructions nouvelles doivent s’intégrer au tissu existant. « Nous plaidons pour une façade contemporaine présentant un effort d’intégration ». Pour lui, le projet de l’agence japonaise Sanaa, et notamment sa façade de verre ondulante, jugée « dissonante » par le tribunal administratif, ne respecte pas la réglementation en vigueur. « Nous ne sommes pas dans une ville éthérée mais dans un tissu minéral très dense », dit-il.

« Cette affaire met en exergue toute la difficulté de rédaction et d’application d’un PLU qui, d’un côté, se veut ouvert à la création architecturale contemporaine et, de l’autre, souhaite préserver la qualité urbaine et patrimoniale existante », souligne le Croaif (Conseil régional de l’Ordre des architectes Ile-de-France). Lequel regrette que la décision de la cour d’appel aille à l’encontre de l’avis des services d’instruction « où exercent des experts aptes à se prononcer sur l’application d’un règlement d’urbanisme, dont l’insertion d’un projet dans son contexte ». In fine, l’institution dit s’inquiéter des effets d’une telle décision, « qui fait émerger une définition juridique de l’esthétique architecturale ». Affaire de PLU certes, mais aussi de goûts, la Samaritaine n’est pas un chapitre clos. •


Par Emmanuelle Borne
Perspective : Sanaa

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