Freaks Architecture,
Freaks Architecture, espace R&D de Sammode Lighting à Lamotte-Beuvron, 2019 © David Foessel

Confiné.e.s

Confiné.e.s : Freaks architectes

Face au confinement imposé à tous pour contrer la propagation du virus Covid-19, nombre d’architectes ont dû adapter leur pratique et leur méthode de travail à ce nouveau rythme de vie. La série « Confiné.e.s » leur donne la parole, en interrogeant leur vision de la situation — mais aussi leurs recommandations culturelles.

Aujourd’hui, les réponses de l’agence parisienne Freaks Architecture, fondée en 2007 par Guillaume Aubry, Cyril Gauthier et Yves Pasquet, qui a récemment livré le nouvel espace de Recherche et Développement de Sammode Lighting à Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher).

© Pascal Béjean
© Pascal Béjean

L’Architecture d’Aujourd’hui : Où êtes-vous confinés et comment vous êtes-vous organisés pour poursuivre votre activité ?
Freaks Architecture : Nous sommes une petite équipe d’une dizaine de personnes. Chacun.e est rentré.e chez soi dès vendredi soir dernier. Certain.e.s ont des enfants donc l’agenda de l’école à la maison est passé en priorité. Puis nous nous sommes adapté.e.s. Nous avions déjà un groupe WhatsApp assez utile pour la libre circulation des informations, chacun avait déjà accès au réseau à distance et aux mails bien évidemment mais nous avons en plus opté pour migrer nos échanges sur Slack, une interface en ligne gratuite qui permet de créer des discussions thématiques, d’échanger des fichiers… et beaucoup de smileys ! 😀

Confinement et architecture sont-ils antinomiques ?
En réalité notre exercice du métier de MOE se fait en très grande partie sur l’ordinateur, par internet, par téléphone et à distance de nos équipes… La plus grosse contrainte est de ne pas avoir notre team de FREAKS.ET.TES autour de nous, mais nos retrouvailles n’en seront que meilleures ! Ce qui nous pose le plus de problème c’est le flou (politique, administratif) qui règne autour de l’activité des entreprises du BTP. Nous avons deux gros chantiers en cours et si plus aucun membre des équipes de MOE ou la MOA ne se rend sur place, l’arrêt de chantier n’est — pas encore — prononcé clairement. Nous espérons simplement qu’aucun ouvrier n’est amené à mettre sa santé en danger, a fortiori si c’est contre son gré. Un projet d’architecture met de loooooongues années à sortir entre le lancement du concours et la livraison finale, quelques semaines ou mois de suspension du calendrier ne devraient même pas être un sujet de discussion…

Quelles leçons pensez-vous tirer de l’impact écologique de cette crise ?
Que la transition écologique dont on avait l’impression qu’elle était impossible à court terme est en fait une réalité en à peine deux semaines de confinement. C’est, à ce titre, plutôt une nouvelle encourageante !

Un film à voir, un livre à lire pendant le confinement ?
Le nôtre ! The architects, chapitre Déconstruction, un film fait à partir d’extraits de cinéma présentant uniquement des scènes de démolition et de déconstruction. Il était montré dans l’exposition que nous avons en ce moment à la Cité de l’architecture & du patrimoine. Il est visible depuis hier sur Viméo [ainsi qu’en bas de l’article, NDLR].

Un compte à suivre sur les réseaux sociaux ?
Oui ! @contempocrari un compte instagram hilarant sur la condition des jeunes artistes plasticien.ne.s aujourd’hui et d’autant plus caustique en ces temps de crise qui affecte la création artistique de plein fouet.

Qu’espérez-vous de cette expérience ?
Il y a cet article super intéressant de Uzbek & Rica qui dit « Pas d’ONU sans Seconde Guerre mondiale. Pas de sécurité sociale sans régime de Vichy. L’espèce humaine est incorrigible : elle attend la catastrophe pour réagir. » Espérons que notre malheur actuel dû au désengagement des États dans les budgets de santé publique nous serve de leçon… Espérons, et votons !

Quel impact a ce confinement sur la perception de votre espace de travail et, inversement, de votre espace domestique ?
C’est une bonne question :-) C’est amusant, nous travaillons en ce moment sur un concours pour une scénographie d’exposition qui va présenter et comparer plusieurs morphologies urbaines et donc plusieurs typologies de territoriales juxtaposées, et nous partons du principe que ce qui fait société c’est en réalité la circulation entre les territoires, et donc la rencontre entre les gens. Ça paraît bête, non ? En réalité le confinement nous montre que les réseaux sociaux sont aussi un très bon moyen de maintenir nos relations inter-humaines, et que ce sont ce sont ces relations qui nous permettent de ne pas complètement perdre la tête.

Le site de FREAKS Architecture.

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