« Le village des sables » construit par le promoteur immobilier Merlin au début des années 1980 est composé d’habitats endémiques et bioclimatiques en bordure de mer - Torreilles, Pyrénées-Orientales.
« Le village des sables » construit par le promoteur immobilier Merlin au début des années 1980 est composé d’habitats endémiques
et bioclimatiques en bordure de mer - Torreilles, Pyrénées-Orientales. © Orson Thornhill

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Sur la Dune, carte blanche

Qualifié à son installation de projet «lunaire», Michèle François défend le village des sables de Torreilles comme un bon exemple d’intégration d’habitat saisonnier dans un paysage naturel. 

Cette carte blanche signée Michèle François, correspondante Label Architecture contemporaine remarquable, DRAC Occitanie, site de Montpellier, est extraite du hors-série AA - Particules élémentaires - consacré au travail de l'agence Loci Anima. 

Non loin de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, au sud de la ville de Barcarès, sur le littoral sauvage entre l’embouchure de l’Agly et celle du Bourdigou, Torreilles était un village de viticulteurs, situé bien à l’intérieur des terres, tournant le dos à la mer, comme souvent sur le littoral. Dans les années 1960-1970, toute la côte fut transformée par la Mission Racine, mission d’aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon créée en 1963, dont le principe était de développer des stations nouvelles, tout en conservant des zones de nature préservée non constructibles. La plage de Torreilles devint un enjeu économique. Un projet de station balnéaire fut imaginé : un village, un port de plaisance, une place centrale et des boutiques. Il est resté inachevé. La commune soutint surtout l’implantation de campings.

Seules habitations construites : les 640 pavillons du « village des sables », réalisés par le promoteur Guy Merlin sur les plans d’une agence d’architectes perpignanais, Maurice Abelanet, Jean Dujol, Jacques Bourbon et Henri Lacalm, sur un terrain de 33 ha. Le permis de construire est accordé le 27 novembre 1974, reconduit le 21 janvier 1976, avec deux modificatifs en 1977. L’ensemble est terminé en 1978. Au même moment, on rase les barraques du Bourdigou, le dernier village de paillotes et de cabanons de la côte, édifiés sans autorisation et qualifiées de taudis. En effet, l’aménagement du littoral a été accompagné d’une lutte féroce contre la cabanisation, contre le camping sauvage. Or la trouvaille de Merlin, le promoteur à succès, est de proposer pour le village des sables (le lotissement pourrait-on dire) de couvrir de roseaux le toit de ses maisons aux murs de béton. Il s’agit du matériau traditionnel de l’habitat temporaire des pêcheurs des étangs qui construisent leurs barracas en sanills (roseaux).

« Le village des sables », Merlin, 1980 - Torreilles, Pyrénées-Orientales. © Google Earth
« Le village des sables », Merlin, 1980 – Torreilles, Pyrénées-Orientales. © Google Earth

Cette copropriété de 640 pavillons construits sur le sable, disposés dans un vaste lotissement dont les circulations sont courbes et piétonnes, propose deux types de villas : 300 villas individuelles de 40 m2 et 340 villas jumelées de 32 m2. Chaque entité est composée d’une petite enceinte circulaire en béton nervuré, construite contre une butte de sable artificielle, orientée au nord, pour la protéger de la tramontane et maintenir une certaine fraîcheur. Cette enceinte, plus haute au nord, s’abaisse vers le sud. Comme dans tous les habitats de villégiature, la partie habitable est réduite, pour laisser le maximum d’espace à la vie extérieure : les pièces sont disposées en éventail dans le demi-cercle du mur nord et ouvrent toutes sur la terrasse qui occupe la moitié de la surface au sud.

Le règlement de copropriété imposait l’entretien des toitures en roseau (à la charge du propriétaire), aujourd’hui complètement disparues. Elles ont été recouvertes d’isolant bitumineux rouge, de tuiles canal, de panneaux solaires et de toute sorte de matériaux hétéroclites qui, avec les climatiseurs, barbecues et adjonctions diverses, rappellent le phénomène de cabanisation.

Le spectacle lunaire du début de l’implantation, qui a permis à la presse de l’époque d’ironiser : « On a marché sur la dune », a été transformé par le soin apporté à la végétalisation des buttes qui protège les habitations et accentue leur invisibilité. Le jeu de courbes du lotissement, la forme circulaire des villas choisie par les architectes et leur astucieuse dissimulation dans le sable fixé par les végétaux font du village des sables de Torreilles un exemple d’intégration d’habitat saisonnier dans le paysage naturel.

 

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