Actualités

Tribune : un corps sain dans un bâtiment sain

Depuis la pandémie du Covid-19, le monde entier a été forcé de repenser sa manière de vivre et de travailler. Dans ce contexte, les architectes ont eu l’opportunité d’imaginer des bâtiments sains, qui permettraient à tous de vivre de manière saine. En voici une proposition par les professeurs Joseph G. Allen, directeur du programme Healthy Buildings à l’université d’Harvard, et  John D. Macombe, professeur au sein du département de finance de Harvard Business School.

D'autres propositions pour le lieu de travail de demain dans AA 436, disponible sur notre boutique en ligne.
Cover of "Healthy Buildings" by Joseph G Allen and John D Macomber
Couverture de « Healthy Buildings » par Joseph G Allen et John D Macomber

 

 

Les architectes pourront répondre de façon très pragmatique au Covid-19, et notamment par une architecture conçue pour la distanciation sociale, via une approche par strates du risque de contamination, au travers de spécifications qui produiront des bâtiments adaptés aux exigences sanitaires, et par des choix technologiques, lesquels devront être étendus et se démocratiser. Nous examinons ces mesures et dispositifs dans notre dernier ouvrage Healthy Buildings: How Indoor Spaces Drive Performance and Productivity. Les recherches et l’écriture du livre sont intervenues en amont de l’épidémie de Covid-19. Les principales recommandations n’en deviennent que plus importantes dans un monde aujourd’hui marqué par la propagation du coronavirus.

 

Distanciation sociale

Après le Covid-19, les occupants d’un immeuble ne verront plus jamais du même œil les poignées de portes, les files d’attente aux ascenseurs ou la disposition des postes de travail. Que ce soit dans les musées, les bureaux, les immeubles résidentiels ou les gares, les responsables de gestion immobilière devront nettoyer beaucoup plus fréquemment. Les architectes, eux, devront faire bien davantage encore : trouver comment séparer les individus de plus d’un mètre, ou les placer sur différents niveaux, ou encore limiter les effets d’une toux ou d’un éternuement – tout en optimisant l’utilisation de l’espace disponible. Ce sera un véritable défi d’aménagement intérieur et de circulation, en particulier dans les lieux de réunion.

Hiérarchisation des contrôles

Comme toujours, les meilleures architectures seront celles qui sauront allier qualités esthétiques à des problématiques d’efficacité ainsi que de rentabilité. Les vastes salles de marché ou les plateaux en open space, les couloirs étroits à double sens de circulation ou les ascenseurs de trente personnes n’auront plus rien de simple. L’architecte devra travailler avec son client à la prise en compte les risques sanitaires (réels ou perçus) et envisager une approche « par strate » de ces nouveaux problèmes posés à l’architecture. Nous proposons pour notre part aux propriétaires immobiliers d’opérer certains choix le long d’une chaîne hiérarchisée d’interventions, allant de la plus efficace pour stopper la transmission virale (l’isolement social complet) à la moins efficace (les masques et autres équipements individuels de protection). Les choix les plus efficaces du point de vue sanitaire sont aussi trop coûteux à mettre en œuvre, et trop onéreux pour l’entreprise. Les moins efficaces, eux, sont dangereux pour la santé. Par conséquent, où se trouve le bon équilibre ?


Spécifications

Joseph G. Allen's work for Harvard's "for health" program
La qualité de l’air, le confort thermique, les conditions d’humidité, la poussière et les parasites, la sureté et la sécurité, la qualité de l’eau, le bruit, la lumière et les vues extérieures et la ventilation sont les « neufs fondements d’une construction saine » John Macomber pour Harvard

Parmi les « neuf fondements d’une construction saine », nous dénombrons la lumière et les vues extérieures, la ventilation, la qualité de l’air, le confort thermique, les conditions d’humidité, la poussière et les parasites, la sûreté et la sécurité, la qualité de l’eau et le bruit. Ce qui surprendra peut-être davantage c’est que, dans le monde d’après le coronavirus, propriétaires immobiliers, usagers et locataires seront bien plus enclins à payer pour assurer l’amélioration des équipements et systèmes sur l’ensemble de ces fronts.
Lorsqu’il ne s’agira plus simplement de confort – c’est-à-dire lorsque quelques euros supplémentaires de capital investi permettront d’économiser des dizaines de milliers d’euros en soins de santé ou en pertes de salariés, de clients ou de locataires d’appartements – la possibilité d’offrir le respect de critères valables pour « des bâtiments sains » mesurables et certifiés, constituera un élément de différentiation essentiel aux yeux des clients, et une part importante des futures pratiques architecturales.


Réagissez à cet article