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Habitat, habiter, habitant(s)

Complétant une offre foisonnante d’expositions et d’événements dans le cadre de l’inauguration de la 15e Biennale d’Architecture de Venise, les 27 et 28 mai derniers, AA organisait quatre discussions entre architectes et entreprises autour des grands enjeux de la profession. Parmi celles-ci, une table-ronde réunissait Guillaume Loizeaud, directeur de la division construction de Reed Expositions, et les commissaires du Pavillon français, Frédéric Bonnet et Lucie Niney (représentante du collectif AJAP 14).

Cette quatrième et dernière discussion, organisée dans le patio du Navy Officers’ Club de Venise, avait pour sujet central la place de l’usager dans l’architecture française. Emmanuelle Borne, rédactrice en chef d’AA, introduisait l’échange entre Guillaume Loizeaud, Frédéric Bonnet (agence Obras) et Lucie Niney (agence NeM) en soulignant cette « architecture au service de l’habitant dans une approche résolument optimiste, où la force de l’entreprise commune et l’intérêt collectif sont primordiaux ». Pour les deux architectes comme pour le directeur de la division construction de Reed Expositions, l’innovation n’est pas visible uniquement dans les grands projets exceptionnels. C’est d’ailleurs ce que tente de démontrer le pavillon français cette année à Venise avec une exposition résolument axée sur des projets plus ordinaires faits de réponses et solutions simples, innovantes mais sans ambages. Un sujet en résonnance avec le dossier spécial France du numéro 412 d’AA (mai 2016) qui met en lumière le regard de journalistes étrangers sur l’architecture contemporaine française à travers une sélection de 11 projets. En tête des programmes les plus représentatifs, les logements collectifs et sociaux, une typologie du quotidien qui regorge d’innovations.

Ces mêmes innovations qui forment le cœur de Batimat, l’un des salons que dirige Guillaume Loizeaud, organisé tous les deux ans et dont la prochaine édition aura lieu en novembre 2017. En attendant cette échéance, son équipe travaille sur la réalisation d’un ouvrage basé sur une série d’enquêtes de terrain (de juin à septembre 2016) et de retours sur une sélection de bâtiments, pour voir si, à l’usage, ils ont tenu leur promesse en matière d’innovation. « Nous souhaitons sélectionner avant tout des projets d’exception en matière d’usage », précise Guillaume Loizeaud. Une démarche que Lucie Niney considère à la fois « inattendue » de la part d’un organisateur de salons et « valeureuse grâce à la diffusion de cette architecture dans laquelle les gens vivent et travaillent ». « Les récits des usagers sont une belle manière de parler d’architecture » approuve Frédéric Bonnet. Mais l’innovation n’a-t-elle pas besoin de stimulants ou de contraintes pour se développer ? Le fondateur de l’agence Obras considère que la « difficulté amène l’innovation » faisant référence avant tout aux contraintes économiques que les architectes subissent dans leurs projets.

« Nous sommes aujourd’hui dans une réinterprétation de ce qui existe déjà, nous ne réinventons pas nos méthodes de construction » tempère-t-il avant de donner la parole à Lucie Niney qui se questionne sur la façon d’utiliser les retours d’usagers dans la conception des projets, dans un processus d’innovation basé d’abord sur l’expérience. « Les industriels peuvent reprendre leur rôle de formateur de savoir-faire […] l’architecte, lui, a pour rôle de faire la synthèse des savoir-faire de techniciens plus performants que lui ». Mais jusqu’où cet architecte-chef-d’orchestre serait-il prêt à aller pour l’usager ?

AA Material Experiences, Guillaume Loizeaud (REED Exposition), Lucie Niney et Frédéric Bonnet from L’Architecture d’Aujourd’hui on Vimeo.

Pour en savoir plus, le site de Reed Expositions, de l’agence Obras et du collectif AJAP 14.

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