Nomad cell, Photography, 2021

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Adrià Goula, cellule nomade

Jusqu'au 23 décembre 2021 se tient à la Galerie H2O à Barcelone, l'exposition Cel·la Nòmada, « cellule nomade », du photographe, artiste et architecte catalan Adrià Goula. Apprécié par la rédaction d'AA pour son travail de photographe d'architecture, Adrià Goula expose cette fois-ci un projet personnel lié à la mémoire de son grand-père qui mêle photographies, vidéos et installation. 

Propos recueillis par Léa Balmy

Votre « cellule nomade » est une installation que vous avez transportée puis photographiée en différents endroits, et que l’on retrouve également dans l’exposition. Quelle est l’origine de cette installation ? 

Le projet a commencé par une série de réflexions artistiques sur la cellule où mon grand-père avait été enfermé, au cœur de la prison La Modelo de Barcelone, durant la dictature. Au début, il s’agissait simplement de quelques photos, mais garder l’appareil photo entre moi et les murs qui contenaient ces souvenirs créait trop de séparation. D’où la nécessité de réduire cette distance au minimum. J’ai eu l’idée de réaliser des « frottages » des murs, le papier devenant le matériau minimum nécessaire pour récupérer tous ces souvenirs. Ces réflexions se sont étendues à d’autres langages. Je savais déjà que le projet ne resterait pas strictement photographique. La vidéo et le collage me sont venus à l’esprit. Je voulais faire un projet qui ne parlerait pas seulement d’éléments existants, qui ne serait pas seulement une réflexion sur le passé, mais créerait un élément nouveau, qui serait comme un hommage ou un acte cathartique qui permettrait de laisser place à tous ces souvenirs enfermés là. D’où l’idée de la « cellule nomade », une structure légère, amovible et transportable qui reproduit la taille exacte de la cellule. La cellule devient un élément nomade, que nous plaçons dans différents paysages, où le contraste entre fermé et ouvert, entre lourd et léger, entre un environnement artificiel et naturel est mis en évidence. Un acte cathartique, en quelque sorte, un acte de mémoire et en même temps de libération et qui génère bien d’autres lectures parallèles. En réalité, le processus n’est pas très différent de la réalisation d’un projet architectural, avec ses croquis, ses plans, les industriels impliqués et la réalisation d’un ouvrage bâti, photographié à la fin. Dans le cadre de mon projet, cependant, le but n’était à l’inverse par de répondre à un programme spécifique, mais plutôt artistique, où les problèmes soulevés ont à voir avec la mémoire, le fait d’être emprisonné, le désir de défendre leurs propres idées et la reconnaissance à nos grands-parents.

Outre la photographie, cette cellule nomade vous a donc amené à utiliser différents médiums.

Il est vrai que le projet Cel·la Nòmada représente un pas en avant, un pas hors de ma zone de confort. J’ai toujours aimé travailler la photographie comme un objet autosuffisant, comme un objet artistique en soi plutôt que comme une fenêtre sur une autre réalité, comme un objet presque sculptural (voir par exemple la série Murmurs). Et ça fait longtemps que je n’ai pas fait de projets dans lesquels, même si le résultat photographique était photographique, ils nécessitaient du jeu ou de la manipulation devant la caméra. Et d’une certaine manière ce projet est une culmination de ce process.

Comment articulez-vous vos projets personnels à vos travaux de commande ?

Architecte de formation, j’ai travaillé de nombreuses années en tant qu’architecte avant de me consacrer à la photographie d’architecture. J’ai passé deux ans à Paris auprès des Ateliers Lion Associés, et j’ai aussi créé ma propre agence d’architecture, ce qui convenait bien à mes débuts de photographe. L’une des choses qui m’intéressait en faisant de la photographie était qu’il y avait une ligne très fine entre le travail professionnel et un projet artistique. C’était facile à intégrer dans mes projets professionnels. Cela me permettrait de générer en parallèle une ligne de travail plus personnelle et artistique. Je travaille ainsi depuis de nombreuses années. Cela s’est organisé naturellement, et j’ai fini par faire ces travaux pendant des jours ou des moments entre deux commandes professionnelles. Ce sont des projets qui s’étendent dans le temps, restent ouverts longtemps, évoluent. Généralement, les expositions font qu’un projet finit par se matérialiser dans un certain nombre d’œuvres imprimées qui clôturent en quelque sorte le projet, ou au moins une étape du projet. J’ai quelques projets photographiques que j’ai exposés dans différentes galeries en France et en Espagne, et bien d’autres qui sont en cours.


À voir
Adrià Goula, Cel.la Nomada
Galeria H2O, c. Verdi 152, Barcelona

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