© Alfons Morales
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Livres, le choix de la libraire Sauramps

L’Architecture d’Aujourd’hui a invité Alain Derey, directeur de la librairie Sauramps à Montpellier, à sélectionner trois de ses ouvrages favoris du moment.


 

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1. Samuel Aubin, Istanbul à jamais (Actes Sud)

Peut-on encore vivre à Istanbul quand on est un Occidental, admirer la culture ottomane, le cosmopolitisme… et se tenir à distance d’une politique autoritaire qui vise à éradiquer les différences et qui prône le retour au nationalisme ? Dans Istanbul à jamais, Samuel Aubin fait défiler devant nous les mosquées de l’architecte Mimar Sinan, contemporain de Soliman le Magnifique, les vieux konak en bois sur les rives du Bosphore. Il rappelle l’attachement des Français à cette ville à travers, entre autres, l’Institut français des Études anatoliennes. Et pourtant, en dépit de toutes ces évocations, la dérive politique s’installe dangereusement et le départ des étrangers devient de plus en plus inéluctable. Un essai rempli de tristesse et de désolation qui donne pourtant envie de conserver toute la richesse d’une ville exceptionnelle dans laquelle il sera impossible de ne pas revenir.

2. Donna Leone, La tentation du pardon (Calmann-Lévy)

Puisque le voyage nous manque et que la biennale d’architecture de Venise se fait désirer, le dernier policier de Donna Leone, La tentation du pardon, nous permettra sans doute de parcourir de nouveau les calli et autre campo de Venise. Si vous ne connaissez pas encore les enquêtes du commissaire Brunetti, homme de culture (il lit L’Orestie d’Eschyle et Antigone de Sophocle), vous allez retrouver l’envie de déguster la cuisine vénitienne, les pâtes alle vongole, les tramezzini avec un verre de vin blanc. L’auteure américaine Donna Leone vit à Venise depuis trente ans et aucune subtilité de la sérénissime ne lui échappe. Même Jean-Paul Kauffmann dans son livre Venise à double tour (dans lequel l’auteur tente de se faire ouvrir les églises oubliées à la recherche d’ambiances singulières) rend hommage à l’inspecteur Brunetti en affirmant que la fenêtre de sa chambre donne sur le bureau du policier. Un bel hommage.

3. Belinda Cannone, Le nouveau nom de l’amour (Stock)

Qui a dit que les philosophes étaient trop éloignés de la réalité ? La romancière et essayiste Belinda Cannone, auteure d’un essai remarquable intitulé Le baiser peut-être, récidive en matière de désir avec Le nouveau nom de l’amour. Au fil des chapitres qui prennent la forme d’un dialogue entre deux amies (la référence à la Physiologie du mariage de Balzac est explicite), une philosophe et une littéraire, l’auteure retrace l’histoire de la transformation du couple à travers des références que l’on a souvent oubliées (La Garçonne de Victor Margueritte qui s’est vu retirer les insignes de la Légion d’honneur pour outrage aux bonnes mœurs). Tandis que le cœur des femmes fut longtemps valorisé au détriment de leur corps, elles revendiquent désormais haut et fort que soit entendu leur désir et « honoré leur plaisir ». L’ouvrage nous instruit sur les représentations actuelles du couple et ce qu’est la « polygamie lente ». Les hommes feraient bien de se saisir de ce livre afin d’être à la hauteur.

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Retrouvez également la rubrique « Le choix du libraire » dans le n° 440 de L’Architecture d’Aujourd’hui, disponible dans notre boutique en ligne.

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