Projet Ville-Port, La Grande Motte © Leclercq Associés
Projet Ville-Port, La Grande Motte © Leclercq Associés

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François Leclercq : villes « customisées », logement oublié ?

Il fut en mai dernier lauréat de la consultation pour l’extension du port de la Grande Motte et a récemment livré le nouveau siège social de Canon dans le XVIIe arrondissement de Paris. En 2018, l’architecte François Leclercq a également pris position contre la destruction du périphérique parisien, notamment dans une tribune publiée sur le site du Monde. Dans le n°428 d’AA, il alerte sur la renégociation des rôles entre acteurs privés et publics dans la fabrique de la ville, au détriment du logement.

© Schnepp Renou Paris
© Schnepp Renou Paris

Longtemps, les acteurs publics et privés ont porté les avancées du logement en France en se partageant les rôles : l’innovation revenait alors plutôt à la puissance publique pendant que la promotion privée répondait essentiellement aux projets d’investissement dans la pierre. L’époque a changé. L’augmentation démesurée du coût du foncier dans les villes denses, couplée à la raréfaction des ressources publiques, a entraîné une renégociation des rôles. La fabrique de la ville a insidieusement glissé vers l’initiative privée, aujourd’hui à l’origine de la construction de logements neufs à hauteur de 80%. Loi Élan aidant, la tendance devrait se renforcer. Cette évolution entraîne avec elle une interrogation sur le maintien de la qualité du cadre de vie et notamment de l’habitat.

La commande privée de la dernière décennie est marquée par des (r)évolutions qui semblent déplacer les modes de construction du logement et de la ville vers la production d’aménités inattendues et la mise en avant de pratiques éphémères. Certes, la multiplication de ces initiatives a permis la diversification des acteurs traditionnels, participant ainsi de la création d’un projet urbain plus protéiforme. Cependant, il faut rester vigilant à ce que l’effet coup d’éclat suscité par cette course à la customisation ne l’emporte pas sur la teneur du projet, et qu’on ne se détourne pas de l’objectif de produire des typologies de qualité. L’innovation risquerait alors de devenir, par la généralisation de ce type de commande, le cache-misère de logements sans qualités. Tous ces projets dans la ville, parfois judicieux, souvent flamboyants, ne font pas pour autant un projet de ville. Ils peuvent être les précurseurs de multiples innovations nécessaires, mais ils ne doivent pas faire oublier des combats, certes moins grandiloquents, mais qui défendent la ville du quotidien, ses parcours, son sol, son adaptation au climat, ses limites indéfinies qu’il est nécessaire d’étudier à des échelles hors des contours administratifs classiques.

Le prochain combat, qui doit être mené collectivement, devrait être la réinvention du logement comme système unitaire fondamental. Mis à part quelques avancées techniques, les logements ont subi trop de régression spatiale ces cinquante dernières années. L’ensemble des protagonistes de la fabrique de la ville, les acteurs de la promotion dite « privée », mais également les architectes, les urbanistes, les maîtrises d’ouvrage, doivent se saisir de cet enjeu. Il est nécessaire d’articuler ingénieries financière, réglementaire, technique et de faire preuve de créativité pour porter à nouveau ces ambitions que plusieurs décennies ont détricotées : c’est-à-dire inventer une nouvelle modernité typologique en phase avec la réalité des désirs d’habiter en ville, confortablement, pour sortir du syndrome où seul le lointain serait généreux et accessible à tous.

Retrouvez la tribune de François Leclercq dans le numéro 428 d’AA, disponible sur notre boutique en ligne.

C’est en septembre 1987 que L’Architecture d’Aujourd’hui consacrait son premier article au travail de François Leclercq et Fabrice Dusapin, alors associés. Retrouvez l’intégralité de cette publication, consacrée à un projet de logements dans le XIIIe arrondissement de Paris, en cliquant sur l’image ci-dessous.

© L'Architecture d'Aujourd'hui
© L’Architecture d’Aujourd’hui

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