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Tribune : le côté obscur de la butte

Prolongée jusqu’au 30 septembre, l’exposition Sans transition, à la maison de l’architecture d’Île de France, propose un regard photographique sur le patrimoine architectural du XXe siècle en Île-de-France, aujourd’hui objet de rénovation, déconstruction, changement d’usage. Les commissaires, l’architecte Marc Sirvin et l’historienne de l’architecture Noëmie Maurin-Gaisne, ont choisi de présenter tout particulièrement cinq « chefs-d’œuvre » : l’école de plein air de Suresnes, la maison du peuple de Clichy, les tours Nuages et l’école d’architecture à Nanterre, ou encore la cité-jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry, dans les Hauts-de-Seine.

En écho à cette exposition, Marc Sirvin — par ailleurs descendant de l’architecte Paul Sirvin — revient sur l’histoire de la Butte Rouge, les projets avortés de sa rénovation et ceux, issus de discussions menées entre la mairie et l’ANRU, qui prévoient la destruction d’une grande partie de cette cité-jardin bâtie dans les années 1930, à laquelle s’étaient opposé architectes et urbanistes dès avril 2019.

Construite en entre 1931 et 1940 à Châtenay-Malabry, dans les Hauts-de-Seine, par les architectes Joseph Bassompierre-Sewrin, Paul de Rutté, André Arfvidson et Paul Sirvin, sans oublier le paysagiste André Riousse, la cité-jardin de la Butte Rouge est reconnue comme un exemple emblématique du mouvement moderne, d’urbanisme humaniste et de qualité paysagère. De 1949 à 1965 c’est Pierre Sirvin (fils de Paul) qui poursuivra son agrandissement. Érigée initialement dans le cadre du plan d’aménagement du Grand Paris d’Henri Sellier, elle s’étend aujourd’hui sur 70 hectares et compte 4 000 logements sociaux, dont la plupart classés en catégorie PLAI (Prêt Locatif Aidé d’Intégration) et destinés aux foyers les plus modestes. Récemment qualifiée de « joyau architectural » des années 1930 par l’historien Jean-Louis Cohen, La Butte Rouge a reçu le label « architecture du XXe siècle » mais ne bénéficie malheureusement pas de régime de protection au titre des sites ou monuments historiques. Entre 1984 et 1994, l’ensemble des logements a fait l’objet d’une réhabilitation (par l’agence de Pierre Sirvin) et ses habitants représentent un tiers de la population de Châtenay-Malabry.

En 2015, l’architecte urbaniste Claire Schorter, avec l’Atelier Jacqueline Osty pour le paysage, était désignée par l’Office public départemental HLM Hauts-de-Seine Habitat, à l’époque propriétaire du site, pour établir un plan guide de rénovation-restructuration du quartier. Portant sur l’ensemble de la cité-jardin, ce projet proposait de distinguer les modalités d’intervention en fonction de l’état du patrimoine, de désenclaver le quartier pour l’ouvrir sur la ville grâce à l’arrivée du tramway T10, de requalifier les espaces publics et paysagers, de rénover les logements et de diversifier l’offre par des démolitions reconstructions ponctuelles, sans oublier l’intégration de commerces et d’équipements au sein du quartier.

Mais, en 2018, le site est cédé à la coopérative Hauts-de-Bièvre Habitat, historiquement Office Communal de la Ville d’Antony, permettant au maire de Châtenay-Malabry Georges Siffredi de faire main basse sur le projet de reconversion. Alors que le projet de l’équipe Schorter-Osty était globalement respectueux du bâti existant, la mairie de Châtenay-Malabry ne donnera pas suite à ces travaux. Après être longtemps resté opaque sur ses intentions concernant la totalité de la cité-jardin, la mairie a élaboré quatre scénarios avec l’ANRU en décembre 2018. Le pire d’entre tous envisage de conserver quelques architectures remarquables (environ 20% du bâti) – à la manière d’un Le Corbusier avec son plan Voisin pour Paris – et de raser les 80% restant pour y construire… un éco-quartier ! Cette municipalité ignore-t-elle que la Butte Rouge est déjà un éco-quartier datant des années 1930 ? Le prétexte évoqué aujourd’hui par celle-ci est l’humidité et l’exiguïté de certains logements et l’incapacité de les mettre aux normes. Certains habitants se montrent inquiets par les intentions de la municipalité qui a vidé deux îlots-tests de ses occupants afin de détruire puis reconstruire lesdits îlots, selon le nouveau projet.

Objet de curiosité de curieux venus partout d’Europe, voire des quatre coins du monde, la Butte Rouge est un modèle de cité-jardin à l’anglaise, en vertu d’une architecture typique des années 1930, qui comprend une tour de logement, ce qui était à l’époque inédit, de son urbanisme et de ses qualités paysagères. C’est aussi un modèle social, un environnement privilégié au sein duquel vivent des habitants aux revenus très modérés. La majorité desquels ne souhaite pas quitter ce cadre de vie. Ce témoignage d’un modèle d’urbanisme social humaniste est-il voué à disparaître à cause du calendrier municipal d’un élu opportunément amnésique ? La promotion immobilière telle qu’elle se déploie dans les alentours de La Butte Rouge ne propose pas de meilleures conditions de vie. Bien au contraire. La Butte Rouge n’est pas seulement le passé, elle augure aussi, si le projet de reconversion initial était réalisé, un meilleur avenir.

Marc Sirvin

© GoogleEarth
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Relire l’appel des architectes et urbanistes du 6 avril 2019, « Non à la démolition de la cité-jardin de la Butte Rouge ».

Organisée par l’association Châtenay Patrimoine Environnement, une réunion publique sur la Butte Rouge aura lieu jeudi 3 octobre 2019 à Châtenay-Malabry. Plus d’information sur ce lien.

Exposition Sans transition
Regards photographiques sur 5 chefs-d’oeuvre architecturaux du XXe siècle
Jusqu’au 30 septembre 2019
Maison de l’architecture en Ile de France
148 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris

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