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« Musées à venir » : Parent et Nouvel de concert

« Ce que je suis, je ne le serais pas, si Parent n’était pas là ». Si Jean Nouvel a souvent rendu hommage à Claude Parent, qui l’a formé à ses débuts, il ne s’agit pas, dans l’exposition présentée à la Galerie Azzedine Alaïa (jusqu’au 28 février 2016) d’une simple politesse d’un disciple à son maître. « Jean Nouvel/Claude Parent, Musées à venir »* s’apparente plutôt à un concerto à deux voix, voire à trois, puisque l’amitié d’Azzedine Alaïa a rendu possible cette exposition sans ambages, où les dessins de l’un et les images de l’autre forment l’envers et l’endroit d’une même étoffe, celle d’une architecture de parcours, hors-sol chez l’un, ancrée chez l’autre.

© Andrea Aversa
Galerie Azzedine Alaïa, Paris. Photo : Andrea Aversa

Ce n’est pas la première fois que ces deux figures de l’architecture contemporaine sont réunies – Jean Nouvel avait notamment signé la scénographie de l’exposition dédiée à Claude Parent à la Cité de l’architecture & du patrimoine en 2010. Mais ici, dans la galerie Azzedine Alaïa, sur son invitation, Parent et Nouvel se partagent l’espace, plutôt modeste, en tout équilibre. Quatre projets chacun, quatre musées qui n’ont jamais vu le jour, que les plus férus connaissent sans doute pour quelques-uns, mais qui, présentés ensemble, dévoilent leur lien de parenté : offrir dans ces lieux dédiés au plus grand nombre des parcours où l’individu échappe à la foule.

Au centre, les surfaces sont offertes aux dessins de Claude Parent, dont une grande partie est issue de ses archives personnelles. Chaque dessin, et surtout la projection de photos d’une scénographie réalisée à la Tate de Liverpool (2014), seul projet réalisé parmi les 8 présentés, illustrent la façon dont la fonction oblique, que Claude Parent n’a cessé d’explorer, se décline pour le programme muséal. Les encadrés inédits du « Nouveau Musée » (2014-2015) montrent l’évolution d’un dessin, l’essentialisation d’un projet. Et illustrent, outre l’idée de créer un musée en mouvement, celle de créer des parcours.

De parcours, les projets plus « ancrés » de Jean Nouvel – qui ornent les surfaces adjacentes – sont abondamment pourvus. Sa proposition pour le Plateau Beaubourg (1971), faite de volumes élongés et entrelacés est sans doute la plus littérale à cet égard. Les projets pour le halo de la flèche à Salzbourg (1989), pour le Guggenheim de Guadalajara (2005) ou pour le Musée de Lascaux-IV (2012) montrent des parcours en creux, où l’architecte se fraie un chemin dans la roche, la masse, le volume pour créer l’espace d’exposition.

Nouvel ou Parent : l’un césure, l’autre creuse, tous deux pour créer des musées où la foule cède le pas à la contemplation.

© Andrea Aversa
Le Nouveau musée, 2014 – 2015. Claude Parent. Photo : Andrea Aversa
© Andrea Aversa
Centre National d’Art et de Culture Plateau Beaubourg, concours international 1971, Paris. Jean Nouvel, François Seigneur et Yann Lecoq. Photo : Andrea Aversa

Par Emmanuelle Borne

* L’exposition s’accompagne du catalogue « Musées à venir », une coédition Azzedine Alaïa/Actes Sud sous la direction de Donatien Grau, qui comprend des essais critiques de Philippe de Montebello (directeur émérite, Metropolitan Museum of Art, New York) et Hans Ulrich Obrist (codirecteur, Serpentine Galleries, Londres) et, pour chaque musée, une programmation fictionnelle d’un conservateur, une visite par un écrivain et une proposition d’œuvre par un artiste.

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