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Matthieu Poitevin : La promesse du logement

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Vous écrire sur le logement ?
Mais que voulez-vous que je vous dise sur le logement ?
En quoi faire du logement est-il différent de n’importe quel autre projet ?
Pourquoi faudrait-il une spécificité architecturale pour faire du logement, plus que pour un stade, une école, ou quoi que ce soit d’autre ?
C’est encore une façon de vouloir ranger, normaliser une catégorie d’architecte et rassurer le maître d’ouvrage.
Je ne suis pas là pour rassurer un maître d’ouvrage, c’est lui qui doit me rassurer, c’est lui qui doit me permettre d’aller au-delà de mes certitudes pour que les choses avancent. Ne l’appelle-t-on pas promoteur ?
Il promeut quoi alors ?
Moi je suis un prometteur, un promeneur, je me promène de projet en projet pour apprendre encore et encore, et transmettre. Pas pour dire comment les choses devraient être. Ça c’est de la dictature.
Je suis là pour que le temps puisse trouver sa place et qu’un logement puisse devenir un atelier, un bureau, un garage, une classe, un jardin ou rien du tout même.
Ce qui fait l’attrait fondamental et merveilleux de ce métier, c’est d’être justement capable de tout faire. On pose une question à l’architecte et celui-ci doit être capable de la reposer, de la comprendre et d’y répondre, voire même, et surtout, de répondre au-delà de la question.
Ecrire sur le logement c’est accepter cette sectorisation du métier, c’est accepter de parler de normes, de bilans financiers, de charges foncières et de tout un tas de trucs mortellement chiants qui bousillent ce métier en général et la ville en particulier.
C’est faire fi de la sensibilité de chacun, de l’intimité de chacun. On ne parle pas de l’intimité des gens, on la respecte. C’est ça le logement. Qu’il soit petit ou grand, mal fichu ou patatoïde, il nous protège et nous permet d’être ce que nous sommes, tranquille, ou pas, bizarre ou pas, tout nu ou pas. Peu importe les apparences, le logement dit mieux que n’importe quoi ses tics, ses habitudes, ses goûts. Il dit ce que nous sommes. L’architecte n’a qu’à fermer sa gueule et en toute humilité proposer des lieux qui expriment la sensibilité ou l’absence de sensibilité de chacun d’entre nous. Le logement est ce que nous sommes.
Dès lors pourquoi faire un état des lieux et devoir rendre le logement dans l’état dans lequel on l’a trouvé, c’est à dire neutre.
C’est encore un truc pour considérer que, de toutes façons, celui qui va habiter le logement va l’abîmer. Tu imagines, le mec qui dit à Michel-Ange : « poulet, fais-moi la chapelle Sixtine et tu me mets un coup de blanc en partant ».
Il n’y a que les religions qui nient l’histoire et le temps et qui emplâtrent les dorures lorsqu’une mosquée devient une cathédrale.
Certes, tout le monde n’est pas Michel-Ange mais parier sur la responsabilisation et la capacité de tout un chacun d’embellir son quotidien n’est pas un truc fou me semble-t-il. Ceci me fait penser que ce monde et ses logements se porteront sans doute bien mieux le jour où toute forme de religion aura été éradiquée.
Je ne vous parlerai donc pas de logement.

Matthieu Poitevin, février 2017
[iconographie choisie par l’auteur]

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