Musée national du Qatar © Iwan Baan
Au premier plan, le Musée national du Qatar, au fond, l'ancien palais princier, désormais un musée. © Iwan Baan
 

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Entretien exclusif avec Jean Nouvel : « J’ai souhaité accueillir le désert »

Inauguré le 28 mars, le Musée national du Qatar a mis 15 ans à sortir de terre. D’Abu Dhabi à Doha et depuis l’Institut du Monde Arabe, Jean Nouvel aura doucement participé à façonner l’architecture des mondes arabes, offrant à chaque territoire une émergence unique. Entretien.

— Propos recueillis par Jean-Louis Violeau à Doha, Qatar, février 2019. —

Jean-Louis Violeau : Le Louvre Abu Dhabi était un moment de contemplation de la culture (française). Le Musée national du Qatar serait-il le moment de cristallisation d’une culture ?
Jean Nouvel : Le Louvre Abu Dhabi est en effet plus « palatial », mais c’est lié aux collections. Cela ne tient pas du hasard. J’aime que les choses soient différentes, et chacun connaît désormais mon intérêt pour une architecture située. J’ai fait beaucoup de musées… Mais dans les deux cas j’étais à la fois architecte du bâtiment et en charge de la muséographie. J’ai souhaité être à l’échelle du Qatar et de son histoire, brève mais rapide, incroyablement rapide, en conjuguant la permanence du désert et la vitesse des images. J’avais à l’esprit un espace métaphysique ramenant à la question de l’évolution. Depuis mes débuts avec l’Institut du Monde Arabe, j’ai cherché depuis près de 40 ans à comprendre les cultures arabes et à leur donner forme, en travaillant notamment sur la lumière et les ombres. En sortant de terre, ces deux musées marquent ainsi un aboutissement.

JLV : La « rose des sables » de Doha est-elle un « canard », tel que Robert Venturi l’avait défini ?
JN : La rose des sables est le fruit du vent, du sable et de l’eau de mer. Mon inspiration renvoie plutôt au land art qu’à la volonté de signifier à tout prix. La rose des sables ne doit pas être prise au sens littéral, ce n’est donc pas un « canard » à proprement parler, plutôt une forme symboliquement dérivée. Je fonctionne ainsi : je fais tourner, je fais tourner, et à un moment donné la forme se cristallise suivant une symbolique plus ou moins forte. La rose des sables est un principe générateur, mais je cherche ensuite l’ambiguïté plutôt que la figuration littérale.

JLV : Ce musée, plutôt que lutter contre le désert, cherche-t-il à lui donner asile ?
JN : La végétation qui l’entoure est plantée d’espèces endémiques. J’ai choisi un paysage volontairement non dessiné. Quant à la lagune qui sépare le musée de la route de la corniche, avec son bassin frontal, elle cherche à retrouver la trace de l’ancien trait de côte. Le Qatar incarne la rencontre du désert et de la mer. Le musée se situe à l’endroit précis où l’eau touche la terre, c’est un territoire liquide. Le béton est couleur sable. À l’intérieur, la scénographie est enveloppante et mêle projections sur les parois, reconstitution du biotope et signes de la culture qatarie. Oui, d’une certaine manière, j’ai souhaité accueillir le désert en suscitant une expérience enveloppante conjuguant l’animé et l’inanimé. La plupart des aphorismes calligraphiés sur les murs ramènent d’ailleurs à la question des origines. À l’extérieur, le rappel de la rose des sables renvoie au système formel des disques. Ce sont des disques obliques et aléatoires dans leur dimension et dans leur inclinaison où c’est l’intersection qui compte et qui génère ainsi la figure d’ensemble.

JLV : L’oblique est en effet omniprésente dans le musée…
JN : L’oblique est partout, planchers obliques, parois obliques… Les pentes sont généralement entre 3 et 5%, et praticables même si l’on y est pris dans un mouvement général. Je crois qu’ici, les gens aiment déambuler. La boucle muséale descend tout le long de la visite – d’où l’extrême complexité de la conception et des plans. J’ai rêvé d’une expérience de conscience du corps en mouvement, d’une mise en jeu sensorielle autour de la caverne originelle.

JLV : Avez-vous choisi votre camp, pour une architecture de la peau, de l’épiderme, plutôt que du squelette ?
JN : Le squelette ? Mais où avez-vous vu un squelette ici ? Le plafond y est ultra-technique pour essayer justement de s’affranchir de la technique. C’est un musée de la cristallisation qui cache le mystère de sa fabrication – comme beaucoup de choses en ce moment…

JLV : Faut-il être diplomate pour faire de l’architecture au Qatar ?
JN : Non, sinon je n’en ferais pas ! L’architecture est un art de commande, tant que je peux faire une architecture qui fait du sens et crée de l’émotion : tout va bien.

En résonance avec cet entretien exclusif, retrouvez l’article de Jean-Louis Violeau, consacré au Musée national du Qatar, conçu par les Ateliers Jean Nouvel, dans le numéro 429 d’AA, disponible sur notre boutique en ligne.

Aerial view of the new National Museum of Qatar designed by Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan
Vue aérienne du Musée national du Qatar conçu par les Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan

 

View of the restored historic Palace of Sheikh Abdullah bin Jassim Al Thani together with the new National Museum of Qatar designed by Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan
Au premier plan, l’ancien palais princier, désormais un musée, au fond, le Musée national du Qatar © Iwan Baan

 

The new National Museum of Qatar designed by Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan
Musée national du Qatar, Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan

 

The new National Museum of Qatar designed by Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan
Musée national du Qatar, Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan

 

The new National Museum of Qatar designed by Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan
Musée national du Qatar, Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan

 

The new National Museum of Qatar designed by Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan
Musée national du Qatar, Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan

 

The new National Museum of Qatar designed by Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan
Musée national du Qatar, Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan

 

Close-up view of the interlocking disks of the new National Museum of Qatar designed by Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan
Au total, 539 disques composent le musée, avec des diamètres allant de 14 à 87 mètres © Iwan Baan

 

Close-up view of the interlocking disks of the new National Museum of Qatar designed by Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan
Les panneaux de revêtement des disques, d’environ 2 mètres carrés chacun, sont fixés sur une ossature métallique © Iwan Baan

 

Musée national du Qatar, Ateliers Jean Nouvel © Lida Guan
Musée national du Qatar, Ateliers Jean Nouvel © Lida Guan

 

Musée national du Qatar, Ateliers Jean Nouvel © Danica Kus
Musée national du Qatar, Ateliers Jean Nouvel © Danica Kus

 

Musée national du Qatar, Ateliers Jean Nouvel © Danica Kus
Musée national du Qatar, Ateliers Jean Nouvel © Danica Kus

 

Musée national du Qatar par les Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan
Musée national du Qatar, Ateliers Jean Nouvel © Iwan Baan

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