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Choisir son camp

Migrants et réfugiés, très présents dans les médias ces derniers mois, étaient 65,3 millions à l’échelle mondiale en 2015 selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ces nomades investissent des abris précaires que l’exposition « Habiter le campement » présente aux côtés d’installations de festivaliers, saisonniers ou campeurs. Un panorama à découvrir jusqu’au 29 août à la Cité de l’architecture & du patrimoine à Paris.

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À l’entrée de l’exposition, les interrogations de la commissaire et architecte Fiona Meadows accueillent le visiteur : « Comment habiter dans des zones insalubres, inhospitalières ? Comment habiter en toute liberté, avec les moyens du bord ? Peut-on habiter autrement ? »

Pour esquisser une réponse, un comité scientifique composé d’anthropologues, géographes et sociologues a identifié six catégories d’habitants des camps : les nomades (gens du voyage, saisonniers, marins), les voyageurs (pèlerinage, festival, camping), les infortunés (squats, « jungles »), les exilés (camps de sinistrés), les conquérants (camps militaires, scientifiques ou spatiaux) et les contestataires (Printemps arabe, Nuit debout). Au-delà de l’architecture, ces typologies – illustrées d’une quarantaine d’exemples chacune – cherchent à comprendre les manières d’investir, d’habiter, de subir le campement.

Presque trop prévisible, ce vaste panorama s’expose sur des échafaudages, symboles de la construction temporaire par excellence. La structure propose un parcours linéaire fait de mots, citations et questions, d’où s’extraient des chemins de traverse vers d’autres mondes, riches en photos – ceux des campements.

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À l’aide de mouvements lumineux et de bruits sourds intermittents, Tangente, une installation cinétique pensée par le collectif parisien 1024 architecture, cherche à « réveiller et retranscrire, de manière sensible, des accidents, sensations et émotions que l’on peut vivre et ressentir en situation de campement ». Déstabilisant par moment la lecture du visiteur, le dispositif reste trop artistique pour que la relation avec les conditions de vie en camp soit perceptible.

Mais au-delà du simple inventaire, quelles sont aujourd’hui les initiatives politiques, architecturales et sociales en faveur des habitants des campements ? C’est l’objet de la deuxième partie de l’exposition qui dépasse le simple constat en présentant le travail d’architectes, d’anthropologues, d’économistes et aussi d’un chorégraphe. Ce dernier, Salia Sanou, organise des ateliers de danse avec les réfugiés maliens du camp Mentao au Burkina Faso. Outil de médiation sociale et culturelle, la danse « peut réparer les blessures et donner confiance en soi » explique-t-il dans le documentaire « Refugees on the move ».

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Changement de décor avec l’architecte Xavier Génot, coordinateur d’équipes de la Croix-Rouge sur des missions d’urgence notamment en Haïti, qui explique avec pragmatisme « qu’un dollar investi aujourd’hui, c’est peut-être 10 dollars de gagnés en cas de catastrophe ». L’enjeu étant, pour lui, d’éviter que le temporaire ne devienne permanent, « du campement au bidonville, du textile au solide ».

Une vision pas toujours partagée, notamment par le collectif PEROU (Pôle d’Exploration des Ressources Urbaines) à l’origine d’un chantier architectural avec des familles dans un bidonville à Ris-Orangis entre 2012 et 2014. L’objectif : construire avec les habitants une ambassade, une place des fêtes, une chapelle, des toilettes sèches, etc., avec du bois plutôt que des bâches. Des initiatives qu’il aurait été intéressant de développer davantage dans l’exposition mais qu’on a plaisir à découvrir à la fin de la visite.
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Laurie Picout

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« Habiter le campement »
Jusqu’au 29 août 2016
Cité de l’architecture & du patrimoine
1 Place du Trocadéro, 75116 Paris

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