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Portrait de Naud&Poux - Ehpad, Résidence Antoine-de-Saint-Exupéry, Villejuif, 2014 © AA 434

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Naud et Poux, architectes universels

À rebours des discours lénifiants, l’agence Naud & Poux n’a jamais été en quête de style, plutôt de précision. Sa rigoureuse pratique s’illustre notamment dans des programmes longtemps méprisés par la profession, dont les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Décriés pour leur manque de moyens, ces résidences trouvent, grâce à des agences comme Naud & Poux, des lettres de noblesse inespérées.

En marge du Chinatown parisien, à l’ombre des tours du XIIIe arrondissement, dans un bureau black & white, Elizabeth Naud et Luc Poux se font face, côté blanc. Ils s’interpellent, se questionnent, se cherchent. « Nous sommes interchangeables », disent-ils. Côté noir, une grande table de réunion. Quelques piles de papier, des revues d’architecture et un magazine ouvert. Sur les pages offertes au regard indiscret, deux gravures de mode… black & white, évidemment ! « Babeth, la citrouille s’est dégonflée ! » lance Luc Poux. Message codé ? « Private joke », précisent-ils, dans une langue joyeusement gonflée d’anglicismes. Alors que la Fiac bat son plein à Paris, l’installation éphémère de Yayoi Kusama, aux allures de cucurbitacée à pois, a bel et bien fait « pshitt », au plus grand regret des architectes. Ce sera, peut-être, le seul indice quant à leurs sources d’inspiration. Ce qu’ils aiment, ils ne le disent pas, ils ne le montrent pas ; sur les murs de l’agence, aucune image. Pas même une photographie de leurs projets. Naud & Poux n’a pas le culte du fétiche. Ces architectes se montrent aussi détachés qu’attachants. Fidèles, ils le sont assurément.

Leur rencontre, en 1990, est arrivée « comme sur un plateau ». Indépendants, ils partageaient avec d’autres architectes un étage entier d’un immeuble rue Froment, dans le XIe arrondissement de la capitale. Luc Poux, après avoir fréquenté les agences de Renzo Piano, Francis Soler & Bertrand Bonnier, puis Dusapin Leclercq, menait une vie de freelance. Élizabeth Naud, après cinq années aux Beaux-Arts pour renouer avec la peinture, était passée, ensuite, par l’atelier d’André Bruyère et l’agence de Georges Pencréac’h. « Luc est très architecte. Je le suis aussi, mais mon coeur va toujours vers l’art », affirme-t-elle, comme pour illustrer leur complémentarité. Et que dire d’un passé plus récent ? « Nous sommes allés, tout à l’ heure, flâner place des Vosges à la recherche de proportions, sinon d’un tracé régulateur. » « C’est notre bonheur de travailler différemment », répondent-ils au regard étonné qu’éveille cette curieuse annonce. « À chaque projet, son écriture ! » renchérissent-ils. Aussi, Naud & Poux n’est pas clairement identifiable. Le duo n’est pas en quête de style ; il recherche la perfection avec bien plus de motivation. « Nous ne sommes jamais en paix », dit l’un. « Nous souffrons y compris pour des radiateurs mal placés », complète l’autre. Leur pratique s’annonce comme un véritable retour aux sources de l’architecture, « sans crainte de la banalité ni même du quotidien ». Voilà un pragmatisme à toute épreuve marqué par un goût indéniable du détail… et non de la finition : « Nous regrettons que ces termes soient devenus aujourd’hui synonymes. Il faudrait d’ailleurs ne plus parler que d’usages », affirment-ils. Le discours est donc sans fioriture. Ce sont aussi des architectes pudiques. Pas de monographie commerciale. Pas de goodies estampillés. Pas même une marque déposée. Leur travail parle de lui-même et d’aucuns parlent de leur travail. Voilà qui suffit, la qualité en ligne de mire.

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